Edmond Floriani - Page 2

  • Edmond Floriani (14)

    Haneffe.jpg

     

    Edmond a des problèmes avec son ordi. Voici donc un mises à jour de ses billets presque quotidiens. Voici le dernier reçu, accompagné d'une autre de ses toiles (léglise de Haneffe). Voilà, moi je suis à jour. Nous attendons la suite...

     

    Il continue de pleuvoir, alors je sais pas dessiner dehors...je pourrais un peu dessiner ou essayer de peindre bien au chaud et au sec dans mon gîte mais ça donne pas envie... rien de tel que l'excitation d'être face au paysage et de le regarder évoluer sous les changements de lumière et prendre des reliefs différents, ce qui fait varier l'expression de son caractère... des éléments invisibles, noyés dans le brouillard d'une demi-teinte plate, prennent tout à coup du relief, montrent leurs vraies formes et se définissent enfin. Dessiner ou peindre d'après une photo ou un autre dessin ne révèle pas ce genre de chose...

     Je suis allé visiter Carennac, village typique au bord de la Dordogne.

    Belles architectures. L'oeil se réjouit à contempler la variété et l'inventivité de la combinaison des formes qui s'intègrent parfaitement dans le relief du paysage avec les éléments et les matériaux typiques de la région.

    Ceux qui ont construit cela avaient un goût inné et savaient donner une âme à leur réalisation; la science infuse de l'harmonie et de la beauté architecturale  coulait dans leur veine...

    Des gens robustes et simples, enracinés depuis des siècles sur leur terre, en harmonie parfaite avec leur environnement.

    Comme les animaux.

     

  • Edmond Floriani (13)

    autoire et beaulieu 006.JPG

     

    Outre ses talents d'artiste-peintre, Edmond Floriani manie également le verbe avec bonheur. Il a l'air plus joyeux, enfin je me comprends...sais pas pourquoi.

     

     

    Journée pluvieuse, rien de particulier...j'en ai profité pour visiter la ville de Saint Céré. Quelques magnifiques, robustes et étonnantes architectures où les poutres, colombages, torchis, briques et blocs de calcaire cyclopéens qui, par la forme, se marient harmonieusement ainsi que par les teintes douces et subtiles des couleurs naturelles patinées par les siècles. Visité une exposition de peintres et de céramistes amateurs... assez jolies choses...renseigné pour la possibilité d'une exposition l'année prochaine ...puis retour dans mon petit village adoré, un peu triste sous la pluie monotone.

    Voici que le jour finit, la nuit va venir.

     Un merle solitaire égrène ses notes fruitées, graves et mélancoliques, dans l'air du soir.

    Il chante la chanson des jours qui meurent.

    Demain, cette  journée pluvieuse de printemps, dépouillée des derniers oripeaux de ses souvenirs par le sommeil de la Nuit, sera engloûtie dans le néant sans fond de l'Oubli.

    A tout jamais.

    Comme tous les autres jours qui ont vu la Nuit les envelopper de son heure bleue,

    Depuis que les merles chantent la triste chanson de la mort des jours.

    La nuit est venue.

    La note étrange et répétitive d'un crapaud répond au hululement sinistre et mystérieux d'un hibou lointain.

    Pendant que je songe et rêve à la beauté qui pourrait éclore sous mes doigts fécondés, demain, peut- être...

  • Edmond Floriani (12)

    autoire et beaulieu 005.JPGD'humeur pluvieuse, Edmond Floriani nous a envoyé un second billet vraiment d'humeur comme on dit, enfin écrit, dans les bonnes publications :

    Rien de spécial depuis hier, je m'occupe comme je peux,  je chipote,  je me fais des projets et du cinéma  sur la toile humide et délavée de mon ciel pluvieux... j'ai réussi à débloquer mon gsm, mais les ondes passent capricieusement dans mon cher trou du Quercy...au milieu des vaches "salers", une race bovine à robe brune qu'on trouve dans le Cantal et ici aussi, broutant paisiblement dans l'indifférence la plus royale leur herbe détrempée... des oies et des grenouilles qui coassent leur même note étrange et lugubre la nuit dans le petit étang du jardin d'en face et des cigales qui « grinçouillent » leur mélopée mécanique la nuit... je croise 3 ou 4 habitants  par jour et il passe une vingtaine de voitures, je trouve que c'est déjà trop urbanisé... je vais me faire berger et rester faire paître mes chèvres, loin de la pourriture des villes... de Sodome et Gomorrhe... et me trouver un coin encore plus désertique... une cabane en pierres dans les montagnes ...près des étoiles...

     

     

  • Edmond Floriani (11)

    Jardin.jpgApparemment Edmond Floriani est toujours vivant. Lui, qu'il y a peu se voyait un jour ou l'autre en train de pourrir sous les vieilles pierres continue à nous faire parvenir ses petits billets qui feront probablement le ravissement des archéologues dans 200 ou 300 ans.

    Si vous souhaitez (re?)découvrir les billets précédents de notre artiste-peintre, il vous suffit de taper "Edmond" dans la case RECHERCHER et tous les articles concernant ce poète de la peinture vous apparaîtront, comme l'aurait certainement dit Bernadette Soubirou.

     

     

    "Journée radieuse...5 heures de travail sur un seul dessin !...c'est incroyable comme la valorisation donne du réalisme et de la densité aux formes. "On s'y croirait !", disait une touriste en admiration à la vue de mon dessin. J'apprends à voir et à dessiner avec amour, passion, dévotion et patience, la moindre pierre de mon paradis. En fin d'après- midi, je suis allé faire le tour du village. C'est avec joie et émotion que j'ai revu une merveilleuse et ravissante demeure sur les chemins alentours bordés de prairies. L'architecture ancienne, robuste, imposante et sereine, avec ses pigeonniers à tourelle typiques de la région, ses murs irréguliers bordant les chemins de campagne, montés de grosses pierres à peine dégrossies, noircies de moisissures, ses moellons teintés de sable blond dorés sous le soleil, ses poutres et ses colombages, ainsi que ses toitures à tourelle en forme de chapeau de sorcière à la délicate harmonie de tons dans la gamme discrète des sépias et des terres de sienne rosées patinées par les siècles, tout ce caractère et ce pittoresque vous met les larmes aux yeux tellement c'est beau. Les impressionnistes avaient leur Paris, moi, j'ai mon Quercy. L'émerveillement me donne rendez -vous au détour de chaque chemin. Le Paradis est dans les yeux de celui qui le voit."

  • Edmond Floriani (10)

    Et, hier, que nous disait notre artiste-peintre ?

    autoire et beaulieu 000.JPGUne belle journée de travail. J'ai dû reconsidérer tous mes projets...une remise en question de temps en temps est nécessaire. Hier soir je suis allé visiter un village proche et tout à coup, devant l'admiration suscitée par la beauté et le charme de cette architecture moyenâgeuse, j'eus comme une révélation.

    La beauté que je voyais était purement architecturale, la couleur est pratiquement absente de cette beauté, quelques nuances de sépia et même le seul noir suffirait pour traduire mon émotion devant ce spectacle... de plus, étant donné que je ne dispose pas de plusieurs jours pour travailler à une toile qui demande plusieurs séances de travail, je suis obligé de m'en tenir au dessin de toute façon, pour lequel une séance suffit!.  

    Je suis donc allé ce matin dans ce merveilleux petit village pittoresque à 8 km de mon gîte pour faire un crayon fusain. Ce fut un de mes plus beaux paysages dessinés que j'ai jamais fait... tous les touristes qui l'ont vu étaient en admiration ...fierté légitime...c'est rare que je soit content du résultat...4 heures de travail non- stop...ensuite après avoir mangé un petit bout et m'être reposé, j'y suis retourné pour en dessiner un autre ...3 heures de boulot ... le résultat m'encourage à continuer sur cette voie, et de plus ces dessins me mettent sur la voie d'une technique de peinture totalement différente de celle que j'avais projeté d'utiliser.

    J'ai dessiné jusqu'au dernier rayon de soleil.

    Bon dieu ce que ça fait du bien de pouvoir se donner à fond dans un projet qui nous tient à coeur!

    Demain il fait encore assez beau pour travailler, j'ai hâte de m'y remettre ... des perspectives nouvelles se profilent, je brûle d'enthousiasme de les expérimenter...

  • Edmond Floriani (9)

    Dordogne1 2805.jpgNotre peintre en exil ne nous oublie et continue à nous faire parvenir ses petits billets, parfois d'humeur.

    Il a promis de nous envoyer les résultats de son travail, en attendant, voici son texte par lequel il nous explique l'évolution, du moins une partie de sa vocation :

    Je ne peux pas sérieusement prétendre à de rapides et spectaculaires résultats dans l'art du paysage, parce que, tout compte fait, ça ne fait que 6 mois en 2 ans que j'ai pu consacrer vraiment et sérieusement à cette activité en extérieur.

    Je suis tout jeune dans la profession.

    Bilan de travail : 3 mois lors de ce magnifique et miraculeux printemps 2011; plus ou moins 10 toiles, et 3 mois de l'été dernier consacré à faire des dessins à la plume directement sur le motif et qui ont eu assez de succès à ma grande surprise; plus ou moins une douzaine de dessins dont 3 reproduits en offset à quelques exemplaires. Monet a travaillé d'arrache-pied 10 heures par jour pendant 10 ans après avoir reçu les précieux conseils d'Eugène Boudin avant d'accomplir les oeuvres qui ont fait de lui le co-créateur et le leader de l'Impressionnisme.

    Question quantité d’efforts, y a pas photo...et je n'ai même pas un Boudin pour me conseiller. Un des secrets de l'Art, outre l'inspiration, c'est qu'on reçoit exactement à la mesure du travail fourni : beaucoup de boulot, beaucoup de résultats et quelques perles...peu de boulot, quelques fruits rachitiques...pas de boulot, rien du tout et on crève de faim. L'Art ne se nourrit pas de rêves ni de bonnes intentions, il faut boulotter comme 4 boeufs tirant leur charrue sous le fouet d'un laboureur hargneux et teigneux.

    Je suis un self -made- man, je me fais tout seul.

    Et comme je commence une carrière de paysagiste à l'âge où d'autres la finissent, je sais pas si j'aurai le temps de créer un quelconque mouvement qui finit par "isme," avant de crever d'ennui et de dépit sous les habituels cieux plombés de notre chère Belle Gique.

     

  • Edmond Floriani (8)

    Edmond Floriani mode d'emploi : Edmond Floriani est un peintre qui a choisi de quitter la Belgique pour s'exiler en France et s'y adonner à son art, la peinture. Il a accepté de nous envoyer régulièrement un petit billet relatant son périple. Pour ceux qui liraient cet article et qui voudraient retrouver les 7 premiers, afin de bien comprendre le fil de l'histoire, il leur suffit d'utiliser la fonction RECHERCHER et d'introduire "Edmond". De la sorte, tous les articles apparaîtront. Merci de les lire dans l'ordre, en tenant compte du n°, du 1 au 8. En attendant la suite évidemment.  

    Dordogne3ok.jpgL'affaire est mal engagée...le compteur tourne et les euros s'écoulent aussi inéluctablement que des grains de sable dans un sablier...

    J'aurais dû rester à Liège et peindre des natures mortes-vivantes, des portraits d'amis frappés de folie, parce qu'aujourd'hui tout le monde est fou, des nus d'académie de femmes aussi méchantes que des sorcières et aussi venimeuses qu'un serpent cobra lorsqu'elles sont irritées par leurs règles mensuelles...menstruelles...monstruelles... ou à peindre, d'après photo, des portraits d'actrices trop belles pour poser pour moi.

    Toute une vie passée à peindre, avec un enthousiasme parfois délirant, et avec quels espoirs, des toiles qui finiront sur un mur et qu'on ne remarquera plus au bout de quelques jours...fondues dans le papier peint mal assorti, à côté des photos noir et blanc  de mémé et de pépé... morts depuis longtemps.

    Et puis, un jour, jaunies par la fumée de cigarette, elles finiront sur les pavés d'une brocante, comme ces vieilles putes qui cherchent encore à marchander leurs charmes flétris, entre une reproduction délavée du gamin miséreux qui pleure, avec une grosse larme bien brillante et bien peinte ...dans le style de Murillo...et une reproduction d'une manolita qui danse la castagnette ...dans un style de...dans le style de personne...le tout vendu au rabais pour le prix d'un vieux cadre en bois en fausse dorure, un peu  voilé, patiné par la poussière des greniers et la crasse des caves.

    C'est triste la vie d'un peintre amateur qui a des rêves plus grands que son talent ...il travaille amoureusement, passionnément et avec enthousiasme... à des peintures qui serviront juste à arrondir chichement les fins de mois misérables de Dédé la brocante.

  • Edmond Floriani (7)

    Dordogne.jpgMatinal, de bonne  humeur mais caustique ce matin, notre peintre exilé dont vous pourrez juger l'état d'esprit au travers de son billet d'aujourd'hui.

    Je caresse, depuis longtemps, le rêve enthousiasmant de peindre les merveilleux et pittoresques villages de France...comme le faisaient autrefois tous mes peintres préférés : les peintres de Barbizon, Courbet, Boudin, les peintres impressionnistes, Monet, Sisley, Pissaro, Signac le chromo-luminariste qui me fascine tellement et les Fauves, bref mes dieux de la peinture.

    Modigliani disait:  « Tu n'as qu'un seul devoir : sauver ton rêve". Et bien je crois que je dois sauver mon rêve du déluge... »

    Par une étrange malédiction ou une incompréhensible malchance, chaque fois que je viens en France dans l'espoir de réaliser mon cher rêve de toujours, ça tourne au fiasco généralisé. Et si ce rêve ne devais jamais se réaliser ?

    Et que sert une vie dont les rêves ne se réalisent pas ? 

    Je suis venu peindre ici 12 ou 13 toiles magnifiques telles je les vois dans mes rêves les plus fous et, jusqu'à présent, après une semaine de séjour, j'ai juste l'ébauche de 3 croûtes de brocante brossées rapidement entre 2 gouttes de pluie, les mains presque gelées... il faudra que je vérifie bien sur la carte pour voir si je n'ai pas, par inadvertance ou erreur de navigation, débarqué en Ecosse plutôt que dans le Quercy.

     

  • Edmond Floriani (6)

    Dordogne1.jpgFidèle à ses engagements, voici le petit billet que nous a transmis ce matin notre artiste-peintre exilé en France, Edmond Floriani.

    Edmond Floriani qui veut se rendre éternel au travers de ses peintures avant d'aller pourrir lui aussi sous les vieilles pierres...

    Ce matin il y avait du soleil dès mon réveil ...heureuse surprise, parce que je ne m'y attendais pas .

    Sachant que ce répit n'allait pas durer, vers 8h, je me suis mis à travailler la première séance de peinture sur la fontaine pittoresque du coin.

     

    Au bout d'une heure j'avais presque les doigts gelés et j'ai dû vite remballer le matériel pendant que mes doigts étaient encore en état de le faire. J'ai visité le village, fait un tour au cimetière du XVème siècle. C'est fascinant et émouvant de voir comme le temps travaille la pierre. Erodées, ciselées, crevassées, modelées par le soleil, le vent, la pluie et les hivers, noircies et blanchies par les mousses et les lychens, ces pierres de colonnes, de monuments funéraires et de caveaux sculptés nous racontent les siècles.

    Et si on tend bien l'oreille, on peut presqu'entendre les murmures, les voix de ces braves gens simples et pittoresques qui autrefois ont vécu, ri, pleuré, aimé, enfanté, souffert et peiné sous le joug d'un dur labeur pour nourrir les nouvelles générations, pour finir par s'éteindre et pourrir sous ces pierres.

    Cela me laisse bien songeur sur la vanité de toute chose, sur ce temps qui passe si vite, nous use, nous flétrit, nous tue et nous ensevelit sous le sommeil éternel des pierres.

    Cela me fait songer à l'urgence de faire quelques oeuvres qui me rendront éternel avant d'aller pourrir sous les vieilles pierres moi aussi...lol. Je pourrais m'y atteler s'il arrêtait de pleuvoir !

  • Edmond Floriani (4)


    Dans le billet reçu ce jour, Edmond Floriani nous livre ses états d'âme, voire son rejet d'une certaine forme de la société.

    Le mauvais temps sévit-il en France également et l'empêche-t-il de travailler à ses peintures ? Probablement.

     

    Quoi faire d'autre ?

    Sinon écrire pour essayer de tuer ce temps maussade qui veut notre peau...c'est de l'auto-défense.

    Il faut retrouver le bon sens paysan en peinture ...bon sens perdu depuis un siècle de dégringolade progressive vers le non-sens...

    Ma peinture est accessible aux gens simples. Les snobs au goût frelaté ayant perdu tout bon sens comme la simplicité et le naturel n'y trouveront rien "d'intéressant", aucune folie, aucune déformation ou bizarrerie ne venant émoustiller leur goût dénaturé...qu'ils passent leur chemin, je ne peins pas pour eux...

    Ne pas succomber aux appels des sirènes de la fausse modernité, ni aux fallacieux prétextes de" créativité" et "d'originalité".

    La seule révolution valable c'est de revenir à la simplicité de la nature...faire une peinture bio et écolo qui sent bon la lavande (naturelle)... le lait de chèvre... une peinture saine  comme le fromage au lait cru...on y revient tout doucement...la folie se tasse, elle s'essouffle, arrive en bout de course...

    Dans un monde saccagé et ravagé par le mercantilisme, la mécanisation, la chimication et la bétonisation forcenée, dans un monde où triomphe tous les jours les valeurs les plus mortelles, défendre les valeurs les plus essentielles de la vie, c'est se faire passer pour un criminel, un rétrograde, un" passéiste", un anachronique  enragé de la nostalgie.

    Les plus méchants des fous raisonnables, satisfaits et biens intégrés dans la modernité de leur temps, vous traiteraient même de facho...ou de terroriste. Ces même fous qui trouvent normal et excitant de vivre parmi  les machines, les robots, la laideur, d'ingurgiter des poisons de toute composition et de vivre dans le vacarme quotidien des villes surpeuplées.

    Dénaturé ...c'est pour cela que l'homme dit "moderne" détruit la nature...même sans s'en rendre compte...même lorsqu'il prétend "aménager" le territoire...les doigts mortellifères, cupides et cacophiles de l'homme moderne sans âme détruisent tout ce qu'ils touchent...

    Pauvres Sisley ,Monet, Pissaro, Cézanne...s'ils voyaient ce qu'est devenue la France qu'ils ont peinte avec tant de passion et d'amour... sans doute qu'ils en mourraient de tristesse...comme un amoureux peut mourir de tristesse à la mort de sa bien-aimée...

    Cézanne qui trouvait déjà affreux les becs de gaz qu'on commençait à installer de son vivant à Marseille,  que dirait- il aujourd'hui à la vue de sa  ville ?

    Sans doute que s'il parvenait, par miracle, à échapper à la folie, il finirait par succomber  à la tentation du suicide après une grave,  définitive, incurable et ultime dépression à la vue de toute cette insoutenable laideur "moderne" qui a défiguré sa chère Provence...ou alors il s'enfuirait dans le désert de Namibie, pour cueillir les  douces nuances de roses et de jaunes que fait jouer la lumière du soleil d'Afrique sur les vastes et pures étendues de sable et de pierres encore non souillées par notre "civilisation" de mort...

  • Edmond Floriani (3)

    Peintre bis (12bis).jpgComme expliqué dans deux articles précédents (I   II), c'est à l'occasion d'une rencontre fortuite que m'a été donnée l'occasion de faire connaissance avec Edmond Floriani, artiste-peintre.

    Comme celui-ci l'avait sous-entendu, après avoir figé sur sa toile l'église de Forêt, il vient de partir en France pour chercher inspiration et...beau temps.

    Je lui ai proposé de nous raconter son voyage et il a accepté de publier régulièrement un petit billet qui vous sera répercuté texto et sans la moindre censure.

    Nous suivrons, pour vous, pas-à-pas, l'artiste-peintre, lui, ses réflexions, ses états d'âme et, bien sûr, ses tableaux.

    Voici son  premier billet en direct de la Dordogne dont il est amoureux:

    « Lassé de la belge pluie, c'était bien ma veine de me décider à faire 900 km vers le sud à la recherche de la lumière.

    Au lieu de cela, j'y trouve de la pluie en abondance...

    Un des printemps le plus moche depuis un siècle en France et panne de voiture en plus, les 4 bougies de préchauffage court-circuitées.

    Non seulement on risque sa peau en fonçant sur les autoroutes à 140 kmh.

    Il faut encore avoir pris ces risques insensés pour se retrouver sous la pluie là où on croyait trouver du soleil, de la lumière enfin...sortir des ténèbres est difficile...ça vous poursuit partout…les ténèbres du monde.

    Quand je pense que je me suis endetté pour me payer ce voyage de rêve...

    Arrivé enfin sur les berges de Beaulieu, site superbe et pittoresque à mourir.. mais sous la pluie, tout est moche à crever de dépit...

    La prochaine fois j'opterai pour l'Andalousie.... pour le soleil c'est plus sûr... mais c'est de la Dordogne dont je suis amoureux.

    J'ai profité du moindre rayon de soleil pour faire quelques études au crayon fusain..Impossible de sortir les pinceaux et les couleurs, il faudrait tout remballer à tout moment en maudissant tous les saints du ciel à l'approche rapide  de lourds nuages noirs qui menaceraient de noyer tout le matériel et moi avec...encore une chance que la Dordogne n'ait pas débordé de son lit pour tous nous engloutir...comme les bourguignons.

    Bien au chaud,  un litron de boisson chocolatée light à portée de main, un oeil rivé sur mes premiers dessins qui font miroiter l'espoir fou de belles oeuvres à venir, reclus dans mon gîte qui est mon arche de Noé, radiateurs à fond, ,j'attends le retour de la lumière comme d'autres attendent le retour du Messie...la fin du déluge...pour commencer enfin à peindre...ces magnifiques architectures de pierre calcaire ruisselantes de lumière...je rêve ..quoi faire d'autre… » 

  • Rencontre avec Edmond Floriani, artiste-peintre (1)

    Peintre bis (1).jpgUn peintre, rencontré au gré d’une promenade près de l’église de Forêt.

     

    Il peint mais aussi, il a des choses à dire...

     

    Entretien avec Edmond Floriani

     


    Comment vous décrivez-vous en tant qu’artiste ?

    « Je tiens d'abord à préciser que je ne suis pas un "artiste" mais juste un peintre amateur.

    être artiste requiert des qualités innées exceptionnelles dont je suis dépourvu. Je n'ai que peu de sensibilité et je n'ai ni créativité ni imagination. »

     

    Peintre.jpgQue peignez-vous ?

    « Je me sens plus proche des impressionnistes, des fauves, des néo-impressionnistes ainsi que de Corot et l'école de Barbizon. Ils se contentaient de peindre ce qu'ils voyaient et ce qu'ils ressentaient face à la nature. Leurs toiles étaient un hommage à la beauté du monde qu'ils essayaient de transcrire avec humilité et un amour sincère de la nature qui est d'une richesse inépuisable en possibilités d'interprétation. »

     

     

    Peintre (5).jpgVous aimez la nature

    « On se retrouve seul face à la nature et on découvre qu'il faut se battre comme un chien enragé pour saisir la moindre nuance valable sur un simple mur de pierre moisi où se jouent l'ombre et la lumière...

    Créativité et imagination ne sont d'aucun secours dans ce combat. Il faut faire preuve de vertus monastiques : patience, amour du travail parfait , confiance, ,humilité...

    Remettre cent fois l'ouvrage…

    Ne jamais se contenter du résultat qui n'est jamais à la hauteur du résultat rêvé... »

     

    Ce n’est pas toujours évident, en Belgique…Peintre bis (12bis).jpg

    « Oui, le climat est détestablement variable et comme j'ai besoin de 3 séances pour" finir" une toile, cela pose parfois problème s’il se met à pleuvoir pendant une semaine après la 2ème séance.

    Et même, lorsqu'arrive la floraison printanière il pleut, il fait gris et froid ...

    C'est sans doute pour cette raison que, lassé par des conditions climatiques peu favorables, les peintres paysagistes qui en ont les moyens s'exilent vers le soleil du Sud ou se transforment en photocopieuses d'appartement, bien à l'abri, au chaud ».

     

    …ni agréable Peintre (6).jpg

    « Peindre des paysages c'est l'enfer et le paradis en même temps. Psychiquement, le contraste est parfois dur à assumer. C'est pourquoi, parfois, on a envie de tout envoyer valser. Mais c'est évidemment impossible.

    C'est difficile, mais quand on arrive à des résultats, on éprouve une joie qui nourrit un enthousiasme qui vous soulève jusqu'au ciel.

    C'est sans doute le même genre de joie qu'éprouve le luthier ou le facteur de piano qui entend pour la première fois le son sublime émis par l'instrument qu'il vient de créer. Ce genre de joie contrebalance efficacement la tentation du découragement qui guette toujours au détour d'un ratage complet.

    Mais la plupart du temps on n'est jamais satisfait du résultat obtenu ».

     

    Peintre bis (3).jpgêtes-vous perfectionniste ?

    « Il y a toujours des choses qui sont à perfectionner ou de nouvelles aventures à tenter lorsqu'on a atteint plus ou moins ce qu'on voulait.

    Une toile c'est un champ d'expérience. On trouve ou on ne trouve pas et parfois on trouve des choses inattendues plus intéressantes que ce qu'on cherchait dans l'option de départ.

    Il faut rester ouvert à l'inspiration de l'instant.

    On tâtonne, on avance dans l'incertitude. Mais comme dans le brouillard, le chemin s'éclaircit en marchant ».

     

    Quels paysages recherchez-vous ?

    « Mes goûts sont très simples : j'aime peindre les derniers îlots pittoresques qui ont encore échappé au bétonnage insensé de nos campagnes. Il n’y a rien d'original, je peins les vestiges d'un monde en voie de disparition Je cherche des sites qui ont gardé une âme et un charme suranné comme par exemple ces vieilles pierres de l’église de Forêt.

    Et puis, quand on trouve la beauté dans la simplicité de la nature il est inutile de rechercher une illusoire originalité, tout a été dit et quoi qu'on fasse on est toujours le" néo" de quelque chose qui finit par "isme"...

     

    Peintre bis (4).jpgVous êtes amoureux de la nature à ce point ?

    « La nature dans toute sa simplicité nue et crue, voilà où je cherche la beauté.

    J'ai fait un retour aux sources : l'observation de la nature dans toute sa simplicité, sans esbroufe, sans vaniteuses fanfaronnades ni fioritures, ni effets de manche...

    J'ai quitté l'agitation et le vacarme illusoire des vanités citadines pour me faire berger...

    C'est ainsi que j'ai échappé au délires de l'art dit" moderne" et à ses fausses valeurs...

    Je suis à la recherche nostalgique de la vérité et de la simplicité et il se trouve que ces valeurs sont dans la nature. C'est ma quête du Graal... »Peintre bis (5).jpg

     

    Vous avez des projets à court termes ?

    « Il va faire horriblement moche toute la semaine donc je ne vais pas pouvoir retourner à Forêt. Lassé de ce climat détestable et avant de sombrer  dans une dépression suicidaire, je me suis décidé à partir pour des cieux plus cléments et plus propices à l'activité d'un peintre de plein air. Je pars 3 semaines dans une région (le Quercy) dont je suis tombé fou amoureux il y a 4 ans. Et si je pouvais, croyez-moi, j'y resterais… »

     

    Et, c’est sur ces belles paroles que nous nous sommes quittés, Edmond Floriani et moi alors qu’il avait, j’en suis persuadé, tant de choses à dire…

     

    L'oeuvre terminée

     

    eglise foret terminée.jpg