Une vie de travail détruite par les travaux publics

Frieda De Ganck... Une femme et une commerçante d'exception

Le petit plus.jpg.jpeg<--- Toujours à la recherche du petit plus pour attirer et satisfaire le client.

L’année 2018 est en train de s’écouler lentement. Nous sommes à la sortie de l’hiver et Frieda De Ganck, la dynamique commerçante qui nous est venue du Nord du pays il y a plus de quarante ans pour s’établir à Trooz en tant que commerçante a annoncé sa prochaine prise de retraite.

Frieda a accepté, au gré d’un très long entretien, de nous raconter son parcours.

« Je suis née en 1951 », avance Frieda, « et l’âge de la retraite est bien là, d’autant plus que tout ce que j’ai construit au fil des ans, je l’ai fait pour rien et je ne veux ni ne peux le revivre une troisième fois. »

 

C’est avec émotion et nostalgie que Frieda essaye de remonter le temps en se plongeant dans ce mois d’avril de 1976, il y a donc tout juste quarante-deux ans. « Je suis venue ici à Trooz en tant qu’employée à Gand de la société Verhoosele Import Textiel qui était implantée à Gand. »

Cette société avait déjà ouvert un discount à Anvers et celui de Trooz était leur deuxième et le premier en Wallonie. A cette époque, Frieda a contribué à la formation d’une gérante au bénéfice de la société.

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C’est en 1978 que Verhoosele Import Textiel a demandé à Frieda et son mari de reprendre le magasin à leur compte, ce qu’ils ont fait sous le nom de Textiles & Shoes Center.  

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Deux ans plus tard, soit en 1980, Frieda et son mari ont acheté le bâtiment sis Grand’rue, 275, à Trooz. Ils ont alors effectué des travaux d’aménagement. Le commerce tournait bien...

« Les premiers problèmes ont commencé en 1990, avec le constat de nombreux vols dans le magasin. »             En 1993, le bâtiment a alors été revendu à Immodeg à Gand mais Frieda a continué à y travailler en tant que gérante seule du magasin qui était devenu BO-LOOK et ce jusqu’en 2001.

A cette époque, le mari de Frieda est décédé le 10 janvier 2000.

Le commerce marchait toujours très bien mais par la suite, Immodeg, le propriétaire qui voulait changer de registre et vendre des articles d’un standing plus élevé -ce qui n’était pas évident à Trooz- a alors liquidé le magasin. Celui-ci a été fermé totalement de 2001 à 2002.

C’est en mai 2002 que Frieda a recommencé le même type de commerce en tant qu’indépendante, avec son fils et sa fille, sous la dénomination New Euro Discount. Beaucoup d’espoirs étaient placés en ce commerce car les produits, tout en étant de bonne qualité, étaient relativement bon marché, ce qui convenait à  une commune comme Trooz. « C’était le bon temps, le commerce était florissant et la petite entreprise laissait augurer d’un avenir prometteur », rappelle Frieda, un brin de nostalgie dans le regard.

Et nous en arrivons en 2007 avec le début des travaux dans la rue Sainry. Cette artère précieuse pour les commerces sur la Nationale a été complètement fermée ce qui a eu un impact direct et évident puisque les gens de Sainry, du Thier, de Péry cherchaient les solutions de déplacement par le haut, via Beaufays. « Nous avons vraiment senti une perte de clientèle et une chute drastique du chiffre d’affaires », confirme Frieda qui souligne également que, dans la foulée, ces travaux du bas de la rue Sainry ont coïncidé avec le début des travaux sur la N61, entamés en 2008.

« Je me souviens de la date du début » soupire Frieda. « C’était le 5 août 2008. Quelques temps après, suite à la fermeture totale annoncée du 16 septembre à janvier 2009, j’ai dû licencier ma fille qui était engagée comme employée ainsi que d’autres membres du personnel. » Force est de constater que l’implication de nombreux impétrants, ALE, Belgacom, ALG, CILE, ne facilitait pas les choses.

Les services concernés, tout comme les pouvoirs publics n’avaient évidemment accordé que peu d’attention aux immenses difficultés dans lesquelles les commerçants allaient être plongés. «Je me souviens que j’étais allée placer des panneaux un peu partout autour de Trooz pour signaler que les commerces étaient accessibles. Nous devions nettoyer nous-mêmes les accès au magasin qu’il fallait parfois débarrasser de terres et de pierres. »

Pour l’anecdote, ci-dessous, les vendeuses du magasin en attente d’un bien improbable client…

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2008 08 27 deviation via sprimont à Pepinster.jpgA Pepinster, une déviation était conseillée via Sprimont et forcément, de 2008 1 nessonvaux.jpgtels panneaux qui déconseillaient le passage via Trooz étaient également placés à Vaux-sous-Chèvremont, dans l'autre sens, alors que les commerces restaient pourtant ouverts et disponibles pour recevoir leur clientèle.

En résumé, il était clairement indiqué partout, de Pepinster à Chênée que la N61 était fermée mais rien au sujet de l’accessibilité des commerces.

Il est vrai qu'il était plus facile de ne rien faire... On s'en est encore rendu compte lors des récents travaux d'avril 2015 à décembre 2016 mais revenons en 2008.

Aux environs du 19 août 2008, des feux alternatifs avaient finalement été mis en place jusqu’au 15 septembre 2008 ; après cette date, la N61 allait être fermée. Et le nettoyage était toujours assuré par les riverains qui devaient mouiller la route, notamment à cause de la poussière qui s’infiltrait partout.

Le 16 octobre 2008, la rue Sainry est à nouveau annoncée fermée à partir du lundi 20 octobre 2008 et, selon les prévisions, jusqu’à la mi-décembre 2008.

Ci-dessous, quelques images de 2008

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2009 05 04 Manifestation travaux N6DSC03812 (3) - Copie.JPGLas des fausses promesses et du manque d'organisation et de logique dans l'agencement des travaux, les commerçants, grandement appuyés par les citoyens ont organisé le 5 avril 2009 une marche citoyenne pour obtenir le placement de... feux alternatifs. Ni le pouvoir organisateur du chantier, ni les entrepreneurs concernés n'avaient jugé bon de penser à cette solution nécessaire pour atténuer quelque peu l'impact des nuisances.

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Il faut se rappeler que la N61 qui avait déjà été fermée totalement du 16 septembre 2008 à décembre 2009, allait à nouveau l'être de janvier à fin avril.

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Parmi les citoyens et les commerçants, personne n'a jamais remis en doute la nécessité de ces travaux à répétition. Par contre, pour ce qui est de l'organisation de ceux-ci et de l'intérêt accordé par les différents pouvoirs publics voire par les intervenants sur le chantier quant au devenir donc au gagne-pain de ces indépendants, là il y a plus que matière à discussion. 

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 « C’est la catastrophe totale pour le magasin », reprend Frieda, « Les chiffres sont coupés en deux comme la route, ce qui a amené mon commerce à une première réorganisation judiciaire. »

Une réorganisation judiciaire intervient lorsqu'une entreprise saine est en difficultés pour des causes extérieures, ici les travaux. L’article 16 de la loi sur la continuité des entreprises prévoit que « la procédure de réorganisation judiciaire a pour but de préserver, sous le contrôle du juge, la continuité de tout ou partie de l’entreprise en difficulté ou de ses activités ». La procédure peut être ouverte dès que la continuité de l'entreprise est menacée, à bref délai ou à terme, et lorsque tout, ou partie, de son activité est susceptible d'être maintenue. C'était le cas en 2009.

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« Pendant deux ans, on a souffert terriblement mais les clients m’ont toujours donné le courage de continuer et la réorganisation judiciaire a été acceptée et bien suivie », ajoute Frieda, toujours très émue.

Le 30 novembre 2010, il y a eu l’incendie dans le magasin qu'il ne fut pas aisé de maîtriser, le feu s'étant déclaré à l'arrière du bâtiment.

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431659_284722128310709_131953739_n.jpg« Je suis alors partie provisoirement à Vaux en 2011 dans le complexe Espace 3D. D’abord en bas puis à l’étage, avec l’entrée par l’arrière. Le commerce fonctionnait bien mais nous n’atteignions pas les chiffres que nous devions obtenir avec la réorganisation judiciaire, j’ai donc dû en demander une deuxième mais comme la surface commerciale était beaucoup plus petite, j’ai dû mettre Eurodiscount en liquidation car nous ne savions plus respecter nos engagements. »

Et le 4 juin 2013, ce fut le retour à Trooz, à l’emplacement des anciens Ets Monjardin, en face de la Librairie Lejeune, à côté du Carrefour Market et du Château de Prayon sous la nouvelle dénomination de New Eurodiscount.

"J'adresse mes félicitations à "Madame Frieda", courageuse et persévérante, qui, contre vents et marées est parvenue à maintenir une activité commerciale typique et bien nécessaire en ces temps de crise. Son retour à Trooz redynamise le centre de notre commune", commentait à l'époque un visiteur sur l'article de votre blog Sudinfo de Trooz annonçant le retour de Frieda dans notre commune.

Interview de Frieda De Ganck réalisée le 14 juin 2013 

Après plus de cinq ans de galères dues essentiellement au mauvais agencement des travaux sur la N61 à Trooz (dix-huit mois à partir de 2008) ainsi qu'à l'incendie de son magasin (2010), madame Frieda était de retour en notre commune, ceci à l'entière satisfaction de sa clientèle.

Mais le répit fut de courte durée. En effet, alors que les conséquences des travaux précédents n'étaient pas encore tout à fait assumées, un nouveau chantier pointait le nez sur la N61, cette fois à Chaudfontaine.

Ce chantier allait durer du 13 avril 2015 au 22 décembre 2016, soit à nouveau 615 jours de lutte pour survivre face au manque d’empathie des pouvoirs publics organisateurs de ces travaux qui ne semblent toujours pas avoir compris, à l'heure actuelle que ces chantiers de longue durée ont des répercussions extrêmement dommageables pour les indépendants notamment…

Ceci vous a été largement conté sur le blog…

Fidèle à ses convictions, Frieda n'a pas abandonné, elle a encore lutté, accompagnée dans son combat par les commerçants de la Nationale de Chaudfontaine et de Trooz mais ce fut un combat sans espoir, une lutte inégale avec notamment un ministre (Maxime Prévot) qui se réfugia derrière des promesses non tenues qu'il eut même l'imprudence de mettre par écrit et un premier ministre qui reçut tout le désarroi (janvier 2017) de Frieda par écrit mais, à ce jour, resté lettre morte...

Que voulez-vous ? Quand certains bénéficient de parachutes dorés sans les avoir vraiment mérités, d'autres n'ont que le mouchoir pour pleurer et s'ils se sentent abandonnés par LE politique au plan large, c'est tout simplement parce qu'ils le sont.

Une pensée également pour tous les autres commerçants de cette nationale qui ont eux aussi subi les conséquences directes de ces travaux mais surtout de leur organisation. 

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Bonne continuation et heureuse retraite à Frieda...

Commentaires

  • Profitez bien de votre retraite Frieda. Vous nous manquerez.
    Sincèrement.

  • Je ne connaissais pas du tout le commerce de madame De Ganck, ne passant par Trooz que très occasionnellement...
    Mes félicitations à l'auteur de cet historique si précis, détaillé et illustré ! Hélas, ce qu'il nous explique est loin d'être le seul cas de cette courageuse commerçante, ou même de ceux de son voisinage : bien d'autres artères, dans bien des communes, passent par ces graves difficultés, dont beaucoup ne se remettent pas. L'indifférence des responsables de ces chantiers de travaux publics, souvent pilotés au niveau de la Région, à cet aspect de leur travail (avec les plaques de signalisation "décourageantes" et incomplètes, le recours insuffisant aux feux alternant la circulation), à laquelle s'ajoute la trop connue durée supplémentaire des chantiers pour causes diverses, intempéries, connaissance insuffisante de certains sous-sols, entraînant des arrêts, des modifications et des surcoûts, tout cela met à mal la viabilité de très nombreux commerces et le tissu commercial traditionnel, alors que dans le même temps, ces personnes et leurs emplois subissent la concurrence des grandes enseignes et des zonings commerciaux de plus en plus nombreux. Pas bien loin de Trooz, on voit encore actuellement les autorités soumagnardes persévérer dans le projet d'imposer une nouvelle zone qui ne pourra que nuire à de nombreux indépendants de la N3, à Soumagne, mais aussi à Fléron, et sans doute dans tous les environs, y compris Trooz...
    Quant à l'attitude de nombreux ministres (et à leur possible double langage), elle est plus que discutable, puisque d'une part, rien ne semble pouvoir protéger des conséquences funestes de ces travaux nécessaires les personnes qui sont contraintes à des procédures diverses, telle que celle décrite dans l'article, mais aussi les mises en faillite et la perte consécutive de conditions de retraite correctes, et d'autre part, ils semblent continuer à accueillir favorablement les projets d'implantation destructeurs du petit commerce.
    Souhaitons pour les commerçants concernés que le projet du centre commercial Piazza, à Soumagne, déjà vieux de dix ans, n'aboutisse pas, ou au minimum dans une forme assez réduite pour limiter son potentiel de nuisance !

  • Les politiques se foutent du peuple; quand il y a des travaux, il n'y a aucun respect des commerces impactés; ne devrait-on pas leur accorder une indemnité ou un subside aux commerçants impactés? Qu'on ne dise pas qu'il n'y a pas l'argent pour le faire... Dans de gros travaux il y a assez de pognon qui "disparaît" (faut pas un dessin j'espère?)

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