Un surcoût pour les acheteurs de chien... Vos réponses au questionnaire...

Un surcoût pour les acheteurs de chien

dossier.pngLa semaine passée, nous vous avons proposé comme sujet de la semaine « Un surcoût pour les acheteurs de chien ».

En 2017, 160.000 chiens ont été enregistrés dans le pays et 56.000 sont arrivés dans des refuges. Le Ministre Carlo Di Antonio veut faire payer une redevance plus élevée aux acheteurs de chiens. La redevance actuelle s'élève à 4 ou 5 euros et est payée lors de l'identification du chien. Elle serait augmentée de 5 ou 10 euros afin de financer les refuges.

Une autre mesure envisagée serait celle d'un permis de détenir un animal, qui serait automatiquement et virtuellement octroyé à chaque citoyen à sa majorité, mais pourrait être retiré en cas de maltraitance animale.

A ce formulaire de la semaine, nous avons pu enregistrer 27 réponses venant d’une majorité écrasante de propriétaires d’animaux (96,2% des répondants en possèdent).

Nous vous en présentons les résultats chiffrés ainsi que les commentaires reçus ci-dessous :

Quel type d’animal possédez-vous ?

Comme nous aurions pu l’imaginer, les chiens et les chats se disputent la première place de ce classement.

Nous avons un quota de 21 chiens et 14 chats, suivis de loin par 2 poissons, 1 NAC (Nouveaux Animaux de Compagnie) et 1 cheval/bétail.

Nous avons affaire à des amis des animaux qui ne se sont pas limités à une seule espèce !

Trouvez-vous ce décret approprié ?

A cette question 80,8% des répondants ont répondu qu’ils trouvaient ce décret approprié, contre les 19,2% restants qui y sont défavorables.

Etant donné que nous avons parlé de deux mesures distinctes de ce décret, à savoir :

  1. L’augmentation du coût d’un chien afin de financer les refuges (à hauteur de 5 ou 10 euros)
  2. L’établissement d’un permis de détention d’animal

Nous avons posé deux questions supplémentaires.

Le fait de payer 5 ou 10 euros en plus afin de financer les refuges vous dérange-t-il ?

12% des répondants se disent dérangés par le fait de payer un surplus pour le financement des refuges, contre 88% n’ayant rien contre.

Dans le dernier encart, nous avons laissé carte blanche aux répondants afin qu’ils s’expriment sur ces deux mesures envisagées par le décret de monsieur Di Antonio. En voici quelques réponses concernant l’augmentation du coût d’un animal acheté ailleurs qu’en refuge :

  • « Pour ce qui est du financement, cela devrait couler de source. Nous payons tellement d'impôts... »
  • « Pour financer les refuges, totalement stupide. L’autre mesure est encore plus idiote. (…) Qu’il oblige déjà l’éducation canine pour tout chien moyen, grand et voire petit aussi, il y aurait beaucoup moins d’accident, ça c’est une loi à faire passer. »
  • « On attaque le problème par le mauvais bout. »
  • « Concernant le financement des refuges, je trouve que c’est au gouvernement d’octroyer des financements à ceux-ci et non aux particuliers détenteurs d’animaux. »
  • « Je pense que le permis serait une meilleure alternative que l’augmentation du prix. Une augmentation de 5 euros sur un chiot de 1200 euros n’aura pas d’impact important. Le permis pourrait être lié à la carte d’identité et faire enregistrer nos amis à poils. Ça faciliterait les recherches en cas de perte ou de vol. »
  • « J’ai adopté il y a peu un chien à la SRPA, j’ai payé 250 euros. Comme somme c’est déjà assez conséquent. »
  • « La redevance est trop bon marché, il faudrait au moins 100 euros. »
  • « Ça n’empêchera pas l’abandon, ni pire la maltraitance… Encore pomper du fric pour un trou de xxx… »

Au vu de certaines réponses, nous tenons à rappeler que cette augmentation du prix d’un animal impacterait le prix pour le faire pucer (cette identification est obligatoire en Belgique) et n’augmentera donc pas le prix d’un animal venant d’un refuge puisque tout animal sortant de ces infrastructures est obligatoirement pucé. Cette augmentation du prix de l’identification de l’animal serait à hauteur de 5 ou 10 euros, hausse qui, selon le Ministre Di Antonio, n’est pas excessive quand on voit ce que coûte un animal d’élevage (ne venant donc pas d’un refuge). Cet argent servirait à financer les refuges.

Chaque année en Belgique, des milliers d’animaux se retrouvent abandonnés, soit par des propriétaires n’ayant plus les capacités, le temps ou l’argent pour s’en occuper, soit par des propriétaires peu renseignés au moment de l’achat. Il est bien connu à présent que les périodes estivales sont des périodes d’arrivées massives d’animaux dans les refuges. De nos jours, il y a encore beaucoup trop de personnes qui achètent un animal « comme cadeau » pour un enfant et qui en période de vacances l’abandonnent, au mieux dans un refuge, au pire attaché à un arbre sur le bord d’une route. Cliché direz-vous ? Et pourtant c’est encore bien actuel.

Si l’animal a de la chance, il devrait être adopté dans les semaines qui suivent. S’il n’en a pas, les semaines d’attente peuvent se transformer en années. Pour le vérifier il suffit parfois de faire un tour sur le site de la S.R.P.A. (Société Royale Protectrice des Animaux) pour constater que certains de leurs pensionnaires sont devenus des habitués des lieux et attendent en vain une nouvelle famille pour les accueillir.

Voici ce que l’on peut trouver sur leur site à l’heure d’écrire ces lignes :

1.jpg

Si on compte bien, nous avons donc ici pas moins de 300 animaux qui attendent une nouvelle famille. 300, c’est énorme.

Cela fait donc 300 animaux à loger, à soigner, à nourrir, auxquels acheter des jouets, des accessoires divers pour rendre leur vie en cage moins malheureuse. Faites les comptes, on comprend pourquoi il faut aider à les financer puisque le prix d’un animal venant de la SRPA, entre 180 et 250 euros en règle générale, ne permet pas toujours de couvrir les frais liés à son admission (nourriture, soins, stérilisation, identification par puces, …).

Êtes-vous pour ou contre le fait d’avoir un permis pour détenir un animal ?

2.jpgSi plus de la moitié des réponses sont favorables à cette mesure, elle ne fait pas l’unanimité pour autant.

Presque 20 % des répondants n’y sont pas favorables et un peu plus de 15 % sont sans avis à ce propos.

Retournons dans la rubrique carte blanche afin de mieux sonder les opinions. Les personnes non-favorables ou sans avis n’ont pas beaucoup étayé leur avis. Nous avons une majorité de réponses venant de personnes favorables.

  • « Pour ce qui est d’un permis, je pense qu’il doit y avoir un moyen de trouver autre chose comme une plus grande réactivité du côté des sanctions lors de constats de maltraitance. Donc, au départ, pas un permis mais pour certains cas, oui, une interdiction. »
  • « Cette mesure n’empêchera ni l’abandon, ni la maltraitance. »
  • « Ça pourrait aider à conscientiser les adoptants/acheteurs d’animaux et ça pourrait peut-être permettre de réguler et contrôler les adoptions. Super idée ! »
  • « J’espère que ces mesures seront suffisantes, et que cela donnera à réfléchir. Mesures positives dans la lutte contre la maltraitance animale. »
  • « Il faudrait arrêter de tout formater. Comme pour les déchets, comme pour le manque de respect, ça passe aussi par l’éducation. »
  • « J’estime ces mesures très bonnes mais il faudra surtout que ce soit surveillé et contrôlé, sinon elles ne serviront à rien. »
  • « Le fait de détenir un permis et qu’il soit enlevé à quiconque maltraitera un animal est une superbe idée si elle est bien mise en place. »
  • « Je suis favorable en ce qui concerne le permis de détenir un animal mais je pense qu’il faudrait rajouter une clause qui permettrait de stipuler qu’après un certain nombre d’abandons, une personne doit en être déchue. »
  • « Il y en a déjà qui devraient demander un permis pour avoir des enfants alors des animaux... »
  • « Si c’est comme pour le permis de conduire où beaucoup de personnes roulent sans, ou provoquent des accidents souvent graves avec quasi aucune sanction à la clef, je n’en vois pas l’utilité. C’est la police qui va demander ce permis à toute personne promenant son chien ? Pour un chat ils vont venir frapper aux portes ? »
  • « Pour à 100% mais la loi va-t-elle réellement être respectée ? »
  • « Bonne idée ! »

Rappelons que cette mesure concerne un permis virtuel qui sera octroyé à chaque citoyen à sa majorité et pourra lui être retiré en cas de maltraitance animale. Il sera très difficile pour une personne ayant perdu ce permis de le récupérer, mais cela restera possible.

De ces réponses ressort le fait que ces mesures doivent être suivies et respectées, sinon seront inutiles. Pour reprendre le raisonnement d’un de nos répondants : il est vrai que lorsque l’on signale de la maltraitance animale, les propriétaires n’ont pas souvent de sanction à la hauteur des actes commis.

Les conclusions par Audrey Clessens qui a participé à la gestion de ce dossier 

Le bien-être animal est encore trop peu surveillé dans notre pays. Les lois sont insuffisantes, mais depuis plusieurs années, on peut voir un effort de la part du Ministre Carlo Di Antonio, allant vers une amélioration de la reconnaissance animale, de leur souffrance et une tentative de limitation de la surpopulation animale dans les refuges.

Un permis de détention d’animal est une bonne idée sur le papier, mais dans la réalité, quid ? Comme un de nos répondants l’a si justement fait remarquer : on prend le problème par le mauvais bout. Si quelques abandons sont effectués par des personnes ne pouvant plus s’occuper de leur animal pour des raisons personnelles acceptables (problèmes de santé par exemple), la plupart se font par des gens qui n’avaient aucune compréhension de l’animal, et n’imaginaient pas tout l’investissement nécessaire à son bien-être. Il faudrait prendre le problème à la base et éduquer les gens à prendre des animaux. Cela commence dès le plus jeune âge. Quelle image renvoie-t-on à notre enfant en lui offrant un animal en cadeau ? L’achat d’un animal se doit d’être fait de manière réfléchie, en discussion avec l’enfant. Selon moi, un animal, quel qu’il soit, ne devrait jamais être un « cadeau » à offrir, pour quelle qu’occasion que ce soit. C’est un être vivant avec des besoins, des sentiments, des qualités et des défauts.

Encore aujourd’hui, on entend trop souvent de phrases minimisant l’entretien que requiert un animal.

  • « Ce n’est qu’un poisson » Mais, saviez-vous qu’un poisson rouge peut vivre plus de 15 ans s’il est dans un aquarium adapté ? Par aquarium adapté j’entends, un minimum de X litres par poisson en fonction de l’espèce, des plantes afin qu’ils puissent se cacher, de l’eau qui convient à leur espèce, un aquarium propre et entretenu …
  • « J’ai un jardin, ça suffira » Mais, savez-vous qu’un chien se doit d’être sociabilisé, éduqué, et doit pour ce faire rencontrer d’autres chiens d’autres races, rencontrer d’autres espèces d’animaux, se promener afin d’être désensibilisé aux bruits ambiants de nos villes et campagnes ?
  • « Un chat c’est moins dépendant, on doit moins s’en occuper » Même s’il faut soi-disant moins s’en occuper, il faut toujours s’en occuper. Un chat constamment enfermé en intérieur sans aucune stimulation n’est pas forcément des plus heureux.

Pour parler plus spécifiquement des chiens car ce sont les animaux que je connais le mieux et dont je connais les besoins, j’ajouterai que l’éducation canine obligatoire pour tous et pour tous les formats de chien est une idée à envisager (comme l’a si justement fait remarquer un de nos répondants). Un certain nombre de séances en club canin devrait être obligatoire.            

On voit encore beaucoup trop d’articles portant sur des « races dangereuses » qui auraient mordu des gens ou d’autres animaux alors qu’en réalité il y a beaucoup plus de cas de morsures occasionnés par de petits chiens. Ces accidents sont beaucoup moins souvent relatés étant donné qu’ils sont en général moins graves, mais ils sont pourtant bel et bien là. Ce n’est pas parce qu’un chien est petit qu’il n’est pas dangereux, et à l’inverse ce n’est pas parce qu’un chien est réputé dangereux qu’il l’est réellement. Il n’y a pas de chiens dangereux, mais il y a des chiens mal ou non-éduqués.            

Individuellement, les acheteurs devraient également se renseigner sur la race de chien qu’ils comptent acheter car chaque chien est différent, mais chaque race a ses propres facultés et ses propres besoins. Trop de chiens échouent en refuge car leurs maîtres n’avaient pas évalué correctement leurs besoins, que ce soit en dépenses physique ou mentale, et se retrouvent dépassés par leur animal. Cela arrive souvent à cause de « modes » sur certaines races de chiens. Par exemple, aux Etats-Unis on a pu observer, à la suite de la série Game Of Thrones, une augmentation du nombre de huskies amenés en refuge.

Pour conclure, un permis et la possibilité de se le voir retirer oui, mais à appliquer systématiquement et en y ajoutant des mesures préventives.

Concernant le fait de faire payer 5 ou 10 euros supplémentaires aux acheteurs de chiens hors refuge, ce n’est pas excessif selon moi. Cela permettra d’aider les refuges à mieux s’occuper d’animaux moins chanceux et à améliorer peut-être leurs infrastructures. Le seul hic que je pourrais trouver à cette mesure est : dans quoi va partir cet argent ? Que vont privilégier les refuges ? Des efforts d’aménagement des boxes pour les animaux devraient probablement être organisés. L’argent ne devrait pas uniquement partir dans les soins ou la nourriture, le bien-être quotidien des animaux devrait aussi être pris en compte.

Souvenons-nous qu’en 2016, Rémi Gaillard, humoriste connu pour ses sketchs sur Internet mais aussi pour son engagement dans la cause animale, s’était enfermé dans un box de la S.P.A. de Montpellier, afin de lever une récolte de fonds pour financer le refuge.

Pour clôturer cet édito, j’aimerais citer quelques-uns des propos qu’il a tenus auprès des médias et sur ses réseaux sociaux et auxquels j’adhère complètement.

« L'enfermement, c'est insupportable, j'ai passé 4 jours et presque 4 nuits, c'est plutôt une prison ! Ce que j'aimerais, c'est créer des espaces de liberté avec 3-4 maisons où les chiens évolueraient avant d'être adoptés. Je sais bien qu'il y a du travail et que l'on ne va pas mettre un caniche avec un rottweiler, mais c'est le constat que je tire de mon expérience. »

« Améliorer des prisons, c'est les légitimer, c'est entretenir une souffrance insupportable. Après 85 heures, enfermé comme un chien abandonné, je sais que le plus dur, c'est la privation de liberté. »

Audrey Clessens

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