Olivier Baltus et la pie bavarde

baltus3.JPGC'est Olivier Baltus qui nous propose de partager son article nature consacré à la pie bavarde.

N'y voyez bien entendu aucun lien direct avec ses interventions lors des séances du Conseil communal.

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La pie-bavarde : on en dit tant de mal ! [1]

La pie est une des 7 espèces de corvidés que l’on observe en Wallonie. Ces oiseaux sont jugés « intelligents » et il est même raconté dans le monde des photographes animaliers que certains oiseaux sont capables de compter le nombre de personnes qui sont entrées dans un affût… et doivent en sortir pour que ce dernier soit vide, alors que ce truc permet de gruger toutes les autres espèces ! Peut-être est-ce à cause du comportement jugé opportuniste des espèces qui vivent et se nourrissent à proximité des maisons et de nos routes. Quant à la pie, en plus de bavarder, chacun sait qu’elle est attirée par tout ce qui brille, ce qui la rapproche encore davantage de nous…

La pie justement, qui perchera volontiers son nid au sommet du bouleau ou du frêne au fond du jardin ou dans l’espace public au centre du village. On aime les oiseaux mais n’est-elle pas en surnombre ? Et puis quel raffut. Et voilà que je la surprends à piller le nid de merles installé dans la haie ! C’en est trop, la nature aurait bien besoin qu’on y mettre bon ordre ! Oui mais…

Aussi débrouillarde soit-elle, la pie n’en a pas moins ses exigences écologiques qui l’exposent à une rude concurrence avec ses cousin et cousine, le geai et la corneille, particulièrement en période d’élevage des jeunes qui, comme chacun sait, sont insatiables. Pour nourrir ses petits, la pie dédaignera les détritus dont elle se satisfait pour elle-même et privilégiera chenilles, larves de tipules et charançons qu’elle recherchera essentiellement au sol (une amie des jardiniers, en sorte). Ou d’un mulot lorsque les jeunes seront assez grands, mais encore faut-il l’attraper.

Contrairement au geai, la pie est territoriale et chasse donc dans un secteur assez réduit… qui peut être squatté par le geai, alors que celui-ci s’aventurera sur un territoire bien plus vaste pour profiter de sources de nourriture localement très abondantes. Quant aux corneilles, leur agressivité vis-à-vis des pies est telle qu’elles sont chassées des sites de gagnage. En période de reproduction, c’est pire encore puisque les corneilles n’hésitent pas à voler les matériaux du nid et à kidnapper œufs et poussins (raisons pour lesquelles ils sont heu perchés… dans les petites branches). Bref, la cohabitation de la pie avec le geai ou la corneille réduit drastiquement la probabilité de conduire les jeunes à l’envol.

Nos jardins et espaces publics sont donc comme des havres de paix pour la pie car le geai et la corneille sont généralement beaucoup plus distants de l’homme. Là, elle a une vraie chance de mener à bien sa nichée, la perpétuation de l’espèce étant son digne objectif. Oui mais…

Quand les jardins et les espaces publics sont semblables à des déserts biologiques en raison de l’usage de pesticides, de la tonte hebdomadaire du gazon ou de l’absence de végétaux indigènes, la pie rencontre bien des difficultés pour trouver la pitance… de ses jeunes ! Qui peut dans ce cas lui reprocher de prélever un « oisillon inoffensif » ?

Et donc, lorsqu’il s’agit d’aménager un site, un jardin..., il est utile de se poser la question suivante : quel déséquilibre vais-je provoquer et quel profiteur va l’exploiter au détriment de quelle espèce sensible ? Il est inconcevable que le propriétaire d’un jardin aseptisé et « nature non admise » reproche à la pie de consommer les jeunes du merle qui avait réussi à installer son nid dans la haie… de thuyas (espèce exotique) : il a tout fait pour qu’il en soit ainsi ! Et si nos jardins redevenaient des morceaux de nature ?

Olivier Baltus

[1] Texte largement inspiré de l’article « Rien n’est tout, ni tout blanc » de Paul Gailly, Natagora mai-juin 2011

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