Costa Rica Ultra-trail... Sylvain Lejeune

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39 bis.jpgSylvain Lejeune a participé à la Transtica, un trail de l’extrême au Costa Rica. Son aventure vous avait été partiellement contée et dans La Meuse et sur ce blog Sudinfo de Trooz.

Cette dixième édition du Costa Rica Ultra-trail - 200 km en 5 étapes (9200m de dénivelé +) - s’est déroulée du 22 novembre au 1er décembre 2017 et, pour notre concitoyen, tout s’est bien passé. Du point de vue sportif, c'est de haute lutte qu'il a conquis la deuxième place au classement général final même si, pour Sylvain, le sportif est passé après l'humanitaire et du point de vue personnel, il en a pris plein la vue.

Sylvain est rentré à Trooz et c'est au gré de cet article qu'il vous dit tout de sa belle aventure, sans rien omettre, de la préparation à l’arrivée de la dernière étape.

LA PREPARATION

Sylvain, tout d’abord, comment s’est déroulée la préparation ?

GTLC sl.jpg« Elle a duré une bonne année mais en fait a été coupée en deux sur l’année car je m’étais fixé deux objectifs. Tout d’abord, au mois de mai, le GTLC, Grand Trail des Lacs et Châteaux puis, fin novembre, la Transtica, l’Ultra-Trail au Costa Rica. Il faut savoir que le GTLC propose différentes épreuves, toutes portant un nom particulièrement évocateur. Les Fous Furieux (105 km), les Doux Dingues (60 km), les Barjots (30 km), les Fous Curieux (17 ou 8 km). Mon choix s’était porté sur les « Doux Dingues », épreuve qui partait de Robertville pour arriver à Jalhay (photo ci-contre). J’ai terminé à la troisième place, en un peu plus de 6h30 mais quand même à environ 40 minutes du vainqueur. Pour en revenir à ma préparation, celle-ci avait commencé début d’année pour cette course puis s’est poursuivie pour le Costa Rica. A partir de juin, j’ai alterné l’endurance, le long mais aussi le court avec aussi du repos les deux dernières semaines, sans oublier un séjour à Chamonix au mois d’octobre qui était ma dernière phase en endurance. »

VOYAGE…VOYAGE

Et le voyage vers le Costa Rica, pas trop long ?

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« Le décalage horaire avec le Costa Rica est de 7 heures et, de ce fait, je m’étais décalé petit à petit, ici en Belgique déjà 10 jours à l’avance afin de ne pas être trop fatigué sur place. Je dois dire que 5 jours à l’avance, je fonctionnais à l’heure de là-bas. Ce mercredi 22 novembre, j’ai pris le train en gare des Guillemins, à 6h30. Je suis arrivé à Zaventem aux environs de 7h30. C’est vers 10 h que l’avion a décollé de Bruxelles à destination de Montreal pour un vol qui a duré environ 7 heures. Après une escale de 2 heures, nous sommes repartis vers Toronto. Une heure et demie de vol puis la descente vers San José, la capitale du Costa Rica après une nouvelle escale. Ce vol a duré environ 6 heures. Je suis donc arrivé sur place aux environs de 18 ou 19 heures. Mais il restait une vingtaine de km à parcourir pour rejoindre l’hôtel qui avait envoyé une navette pour nous prendre en charge.  à l’hôtel, j’ai alors été accueilli par l’organisation et j’ai aussi rencontré les premiers concurrents. Ils étaient 5 ou 6 en train de terminer leur souper. J’ai pu alors disposer de ma chambre… » 

SUR PLACE

Comment s’est passé ton premier jour sur place ?

« Le 23, à l’hôtel, une réunion était organisée avec tous les participants pour la remise des dossards, la communication des consignes, les explications relatives aux balises et la vérification du matériel obligatoire. Je me suis aussi autorisé un petit décrassage, sans trop forcer, dans le parc de l’hôtel. »

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Dimitri Neimry et Sylvain Lejeune... Les deux Belges

A noter qu’après le briefing et la remise des dossards, les concurrents ont pris la direction de l’Ambassade de France pour une réception et un déjeuner…

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Vendredi 24 novembre : LE GRAND ET VRAI DEPART : PROLOGUE

« Le 24, un transfert nous amène de l’hôtel vers Manuel Antonio, sur la Côte Pacifique. Ce petit voyage, entamé à 9 heures du matin nous a pris environ 4 heures de route, y compris un petit arrêt pour observer les crocodiles sur la route.

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Arrivés à l’hôtel où nous logions pour un seul jour, on a déposé les bagages et nous nous sommes changés puis tout le monde s’est retrouvé sur la plage pour le prologue. Nous sommes tous partis en même temps pour un parcours de 6 km. Je suis arrivé 2ème, à un peu plus d’une minute de Vivien Laporte, un professionnel vraiment très fort qui allait mettre tout le monde d’accord durant toute l’épreuve. Dimitri Neimry, l’autre Belge complétait le podium de ce prologue tandis qu’en couvrant la distance en 21’ 59’’, Vivien Laporte s’en adjugeait le record. Après ce prologue, tout le monde se 1 (53).jpgretrouve à l’hôtel et on y mange tous ensemble. Nous recevons alors les horaires et les consignes pour la première étape, le lendemain. Des informations concernant le type de terrains, le type de côtes, le climat. L’horaire de départ du bus où nous devons amener nos sacs est également communiqué, comme à chaque veille d’étape. Bref, une organisation parfaitement rodée. Après cet apéritif des 6 km courus sous une agréable pluie fine qui avait quelque peu atténué l’emprise de la chaleur (32°), les choses sérieuses allaient commencer le lendemain avec 38 km et 2900 m de dénivelé au menu. »

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Samedi 25 novembre : ETAPE 1 : VILLA NUEVA – FUNDACION NUBOTROPICA

« Le départ est donné à 8h50. La météo est bonne et la chaleur est au rendez-vous sur la ligne de départ. Les cinq premiers km étaient relativement roulants, à plat. Puis, des côtes, en montagnes russes mais abordables. Il y avait moyen de courir partout. Mais, à partir du km 24, le point de contrôle numéro 3, là, ça devient vraiment des murs. Impossible de courir. Je ne m’attendais pas à me trouver en face de tels obstacles. J’étais vraiment étonné. Nous sommes partis sous le soleil, plus de 30 degrés mais nous sommes arrivés sous la pluie.  »

Et l’organisateur d’analyser cette première étape : la variété des paysages fera le bonheur de tous malgré la difficulté de ce premier défi. Vivien Laporte confirmera ses ambitions en prenant la tête dès le départ suivi de près par Sylvain Lejeune. Les deux coureurs couvriront cette étape à plus de 8km/h et distanceront Roiny Villegas. Au classement général, moins de 4 minutes les séparent et la lutte promet d’être chaude d’autant que Roiny est à 15 minutes derrière eux.

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Il est vrai que sur cette étape, d’autres concurrents ont connu bien des difficultés comme l’a raconté le Français, Manu Fabre, par ailleurs porteur d'un message : « (…) Au km 31, grosse défaillance, je subis une fois de plus un gros coup de chaud, ce soleil et son temps très humide me flinguent ! Je suis à l’arrêt, je n’arrive plus à avancer et mon ami Belge (Dimitri Neimry) me dépasse et je ne le reverrai plus. Dégouté ! La montée à 2990 m d’altitude a été éprouvante. Le manque d’oxygène et la pluie fine sur la fin ont fatigué mon organisme (…). »

Dimanche 26 novembre : ETAPE 2 : FUNDACION NUBOTROPICA – OJO DE AGUA

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« Nous avons dormi dans une fondation, dans des lits superposés. Il fait très beau ce matin au départ des 40,3 km pour un dénivelé de 2830 mètres. Le scénario de la veille se reproduit presque à l’identique mais Vivien Laporte qui a bien géré sa course accentue son avance au général. Tous les concurrents ont terminé cette magnifique étape et se retrouvent au bivouac du jour, l’école de La Esperanza à environ 2500 mètres d’altitude. Sous la chaleur, dans cette étape, les quatre premiers au classement se sont détachés directement. à 20 km de l’arrivée, nous avons été confrontés à une première vraie descente d’environ 8 km, ce qui était assez contraignant et a bien fait mal aux jambes surtout qu’après cette descente, succédait une montée de 12 km qui m’a bien pris deux heures. C’était plus de la marche que de la course. Et dans la dernière côté, nous étions à nouveau face à des passages assez durs et il faisait très chaud. Le petit ruisseau de montagne ou torrent qui coulait à nos côtés donnait vraiment l’envie d’aller s’y rafraîchir. L’arrivée était située à environ 3000 m d’altitude, avec un peu plus de fraîcheur. J’ai échappé à la pluie qui est tombée quelques instants après mon arrivée. Je dois bien avouer que j’ai vraiment ressenti les effets de l’altitude à partir de 2500 m, notamment la tête qui tournait. Je l’ai très fort ressenti au passage du premier col, à 2800. D’ailleurs à l’arrivée, quelqu’un m’a dit qu’il voyait que je n’étais pas bien. Nous avons dormi dans une école, sur sacs de couchage et matelas. Mais, du fait de l’altitude, je n’ai pas beaucoup dormi. »

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L'a pas l'air au top, là Sylvain...

 

Lundi 27 novembre : ETAPE 3 : LA ESPERANZA – PURISIL – EL HUMO

« Avant le départ de cette 3ème étape qui comptait 48,2 km avec un dénivelé + de 1750 mètres, les concurrents ont pu remettre des fournitures scolaires aux enfants de l’école de La Esperanza, ce qui n’a pas manqué de susciter de grands moments d’émotion. D’ailleurs, au final, ce sont des moments comme ceux-là que je retiens en premier quand maintenant je repense à ce challenge. Le départ est donné à 8h35, pour l’étape la plus longue, la plus belle mais aussi peut-être la plus dure… Les points de ravitaillement étaient bien organisés. Il y avait de l’eau plate ou salée et des fruits. Moi, j’ai beaucoup bu mais très peu mangé, parfois une barre et une poignée de cacahuètes mais ça allait. Je termine 3ème de cette étape. Au cours de cette étape, on avait un beau passage dans la jungle de 2 km puis un deuxième passage nous attendait avec vraiment de la boue jusqu’aux genoux. Un moment donné j’ai entendu un grand bruit à côté de moi mais je n’ai rien vu. Je pense que ça devait être un singe. Je n’ai pas eu le temps de voir mais quand ce sont les grosses branches qui craquent, c’est sûr que ce n’est pas une petite bête. »

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On peut supposer que Sylvain s’est retourné quelques fois et qu’il a accéléré…

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Et l’organisateur de témoigner quant à cette troisième étape : « Tous rejoindront le bivouac du soir avec la banane, la difficulté de l’étape étant largement compensée par la beauté des paysages. Sur l’extrême aussi bien que sur l’aventure, les leaders confirmeront leurs positions. Demain, c’est encore un autre profil d’étape qui attend les concurrents au milieu des fincas de cannes à sucre. »

Mardi 28 novembre : ETAPE 4 : EL HUMO – SAN PABLO

« Cette étape de 37,8 km et de 1365 mètres de dénivelé s’est révélé la plus humide. Il a plu tout le temps, nous rappelant sans doute pourquoi ce pays est si vert. Nous avons couru tout le temps dans les cannes à sucre, ce qui n’était pas mal. C’était une belle étape. A l’arrivée de l’étape, il n’y avait pas grand monde si ce n’est les gens de l’organisation. Par contre, après les villageois sont venus car un petit spectacle et une donation étaient au programme. Ces gens sont vraiment accueillants. »

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Mercredi 29 novembre : Journée de repos avec transfert vers la Côte CARAÏBES

« J’en ai profité pour aller courir une demi-heure. Après l’école la veille, cette fois nous avons logé à l’hôtel. » 

Jeudi 30 novembre : ETAPE 5 : PLAYA NEGRA – MANZANILLO

« Pour cette étape de 28 km, 20 km de plage et 8 km de mangrove sont au menu. La mangrove est une espèce de forêt littorale de région côtière caractérisée par la présence de palétuviers, arbres dont les racines s’enfoncent dans des vases. C’est un peu comme un chemin dans la boue qui monte et qui descend tout le temps et on est dans la grosse végétation. Mais le plus dur, c’était le sable, parfois dur, parfois mou. Puis nous avons également dû franchir quelques passages à gué avec de l’eau jusqu’au torse. Je termine quatrième de cette étape mais j’ai pu contrôler grâce à la configuration du parcours car sur les 8 derniers km, on faisait 4 allers et 4 retours donc comme on croisait d’autres concurrents, j’ai pu demander où en était le Costa Ricain qui était devant et luttait pour me prendre la deuxième place au général. Apparemment il avait 2-3 minutes d’avance sur moi mais comme au général j’avais 19 minutes d’avance, j’ai pu un peu me relâcher pendant les deux derniers kilomètres. Aussi parce que j’avais les jambes un peu cuites… J’ai donc conservé ma deuxième place au général et Roiny Villegas, le Costa Ricain termine sur le podium, à la troisième place. C’est la dixième fois qu’il monte sur le podium… C’est impressionnant. Il n’y avait pas de prix mais ce n’était pas le but. On a tous reçu une médaille, un t-shirt et un bandana.»

Et après l’étape, nouveau changement d’hôtel, souper de clôture et petite soirée qui s’est terminée très tôt car tout le monde était fatigué.

Et le vendredi, nous sommes repartis en car vers la capitale…

1 (251).jpgSylvain, après coup, quel est ton sentiment ?

« Ben on en prend plein la vue. C’est clair que question trail, je m’attendais à être plus dans les bois, les arbres etc. mais il se fait que là-bas, ce sont tous des chemins privés et l’organisation doit demander des autorisations pour passer et comme là-bas, on n’est jamais pressé, ça prend du temps. Si on vous donne rendez-vous à trois heures et qu’on arrive à trois heures et demie, c’est tout à fait normal. Dans la montagne, à part le passage dans la jungle et la boue, ce n’est pas technique. Il n’y a pas des grosses pierres à enjamber, pas des racines tout le long ; ça reste vraiment des chemins praticables. Il y a quelques descentes avec des pierrailles mais ce n’est pas le trail super technique et ça, dans un sens, c’est bien parce que tout le monde peut le faire. Il y avait deux trails organisés, l’aventure qui faisait 100 km et le nôtre, l’extrême qui en comptabilisait 200. Pour en revenir au pays, la végétation, je n’ai jamais vu un pays aussi vert. Là-bas, ce ne sont pas les habitations qui sortent de la verdure, c’est la verdure qui englobe les habitations. C’est inoubliable. On court, on entend les cris des singes, on entend les oiseaux. Ce fut une belle expérience. Parfois l’organisation partait en avant pour remettre des dons dans les villages où on ne s’arrêtait pas. Peut-être parce qu’en certains endroits les gens vivent vraiment dans des conditions plus que précaires. L’organisation partait en jeeps pour livrer les dons et quand nous on passait, on voyait qu’ils avaient fait le boulot. Pour ce qui nous concerne, nous les concurrents, nous avons remis des dons dans deux écoles. C’étaient des moments émotionnels très forts. C’est aussi dans ces écoles qu’on peut constater tout le boulot accompli par la fondation. Les préaux, les carrelages, les barrières sont l’œuvre de la fondation qui s’est beaucoup investie dans la première école. Après, lors d’une deuxième remise, les élèves nous ont offert un petit spectacle de danses… »

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Au programme ?

« Le 25 mai, je crois qu’il y a l’ultra-trail d’Annecy (117 km) à faire en une traite. Il n’y a pas d’objectif de classement, seulement finir. Ce sera un test pour moi pour voir si je me dirige vers l’ultra ou le semi-ultra avec des distances de 65 km. »

Le mot de la fin ?

« Ce qui marque le plus, c’est le côté humanitaire plutôt que le côté sportif. C’est l’expérience qu’on vit en marge de la course. Ce que je garde en tête, c’est le câlin avec la petite fille lors de la deuxième donation, ça ce sont des moments qui restent. La course, pas du point de vue résultats mais avec un peu d’entraînement, tout le monde peut la faire. Mais du point de vue humanitaire, tout le monde peut le vivre en se lançant par exemple sur le trail « aventure » qui fait 100 km, ça en vaut vraiment la peine. »

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Si tu devais ne retenir qu’une image, laquelle retiendrais-tu ?

« L’image de la petite fille.»

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Pourquoi ?

« Parce qu’on sent qu’on est venu faire quelque chose. Il y a la course qui est super belle et tout ce qui l’entoure mais ça, on peut le faire en vacances par exemple. Au fil des étapes, c’est le côté humanitaire qui ressort le plus. »

Ce que tu ne croyais pas au départ…

« Oui, j’y allais avec un esprit de compétition mais ça a évolué. En fait, ce que j’ai constaté c’est que dans le trail par étapes, l’esprit de compétition, il n’est pas là. Ce qui est bien c’est que par rapport à un trail normal, après la course, tout le monde se retrouve, tout le monde parle, tout le monde s’encourage. Quand il y en a un qui arrive, ceux qui sont déjà là l’applaudissent. Tout le monde est accueilli par tout le monde tandis que sur un trail normal, l’esprit de compétition arrive de plus en plus. Le trail par étapes reste fort convivial. Petit à petit, personne ne reste dans son coin. Tout le monde parle avec tout le monde. Bien sûr quand on est bien classé, le classement on y pense un peu mais ce n’est pas là l’essentiel… »

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Et tu le referais ?

« Oui mais pas avant au moins deux ans. J’ai à présent un autre objectif : La Diagonale des Fous… 175km. »

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Classement général final

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Et pour terminer ce long récit, Sylvain est à la recherche de sponsors pour 2018 afin d'aider son équipe de 4 coureurs qui trustent régulièrement les podiums, à savoir Sébastien Este, Benoît Lambotte, Pascal Defêchereux et lui-même.

Si vous souhaitez les sponsoriser… n’hésitez pas !

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Quelques images vidéo vous sont proposées ici.

 

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