Entretien avec Thibaud Smolders, ancien candidat à la présidence de la Fédération liégeoise du PS

DSC_0032 (1).JPGThibaud Smolders était présent ce lundi 29 mai 2017 à la séance du Conseil communal. Sans doute moins motivé par les points inscrits à l’ordre du jour que par la désignation au titre de Président du CPAS de Nicolas Sools.

On s’en souvient, Thibaud Smolders était un des quatre candidats à la présidence de la (toute ?)puissante Fédération du PS liégeois. Il était le candidat représentatif des jeunes qui en avaient « marre de se faire maltraiter juste parce qu’ils étaient socialistes ». On peut se demander pourquoi.  

Au départ, côté jeunes, ils étaient six candidats partants pour une candidature collective à la présidence, à savoir Jonathan Dawance, Déborah Géradon (présente elle aussi ce lundi à Trooz), Zoé Istaz-Slangen, Arnaud Nizet et Pierre Etienne. Mais, les statuts l’interdisant, ils n’ont pas pu et c’est ThibaudDSC_0057 (1).JPG Smolders, premier échevin à la commune d’Awans qui a porté non pas sa voix mais celle de tous les jeunes. Il incarnait ainsi, entre Jean-Pierre Hupkens, l'élu et José Happart, une espèce de vent de fraîcheur, de renouveau et tout cela, qu’on le veuille ou non, avec les élections de 2018 en toile de fond. On sait ce qu’il est advenu de cette élection mais l’occasion était belle pour échanger quelques mots sans tabou ni langue de bois avec ce jeune homme d’avenir, de conviction, souriant et disponible. Ce qui est extrêmement agréable de dialoguer avec Thibaud Smolders, c'est qu'il n'élude aucun sujet et s'exprime sans hésitation mais avec clarté et franchise.

ENTRETIEN avec Thibaud Smolders

L’élection à la présidence du PS, qui ne s’est pas déroulée de façon positive quant au résultat, mais était beaucoup soutenue par les jeunes, comment l’aviez-vous abordée ?

« Justement, je pense que la candidature a été positive au niveau des résultats. Beaucoup soutenue par les jeunes, beaucoup soutenue par un certain renouveau et beaucoup soutenue par les communes périphériques dont Trooz. Moi je pensais faire un résultat de 25%, ça a été un résultat de 45% donc pour moi c’est un résultat positif. Il est vrai que sur le fond, on a perdu les élections mais le score est tellement haut que pour nous, c’est une victoire. »

Mais ce résultat-là incarne-t-il le renouveau souhaité ?

« Jean-Pierre Hupkens incarne quand même une certaine forme de renouveau. Maintenant il a toujours dit qu’il n’irait pas totalement dans le changement mais qu’il voulait apporter certaines nouveautés. Je pense que de notre côté, il faut travailler. Il y a quand même 45% qui veulent du renouveau. »

Maintenant, une question à laquelle vous n’êtes pas forcé de répondre (éclatS de rire de Thibaud Smolders). Au plan large, qu’est-ce que vous pensez de la particratie ? Trouvez-vous qu’elle rime avec démocratie ?

« Je pense que dans chaque parti justement il y a des processus qui sont mis de manière démocratique. Au niveau du PS, au niveau des statuts, si on respecte totalement les statuts, c’est tout à fait démocratique. » 

Que pensez-vous de ceux qui disent, un peu facilement peut-être que c’est toujours les mêmes que l'on voit au pouvoir ?

« Ben que c’est quand même vrai. Qu’ils n’ont pas tort. (rires) Et que c’est pour cela qu’il faut un peu de renouveau. »

Oui, mais à la tête on revoit toujours les mêmes, la même oligarchie…

« Je ne dirais pas que c’est une oligarchie. C’est justement le but de la candidature que l’on a posée de manière collective. »

Oui, mais qui a échoué. Vous ne trouvez pas que les gens en ont marre de ça ?

« C’est en tout cas le ressenti de la population. Je pense qu’effectivement les gens en ont marre. Maintenant, encore une fois et je le redis, c’était le but de notre candidature, de faire bouger les lignes, d’apporter un certain renouveau, d’avoir de nouvelles têtes. Je pense qu’à un moment donné, les gens, ils veulent de nouvelles têtes. Peu importe les idées, etc. mais quand on a quinze ou vingt ans de pouvoir, un moment donné, il faut peut-être changer, voir de nouvelles têtes, c’est ce que les gens veulent. Ils ne veulent peut-être pas nécessairement changer de parti, ils ne veulent peut-être pas nécessairement changer cette conception du parti, ce qu’ils veulent, c’est peut-être une rotation au niveau des têtes et des élus. »

Oui, en dehors de la rotation, il faut peut-être aussi des gens honnêtes, il faut des gens qui s’investissent en politique, pas pour remplir leur poche, pas pour faire entrer leur famille ou leurs amis à gauche ou à droite…

« Oui, je pense que ça, c’est l’idéal minimum. »

Et vous trouvez que c’est comme cela ?

«  Dans 96%, voire 99% des gens que je connais au PS, oui c’est comme cela. Maintenant, c’est vrai qu’il y a peut-être des brebis galeuses qui sont dans chaque parti. »

Malheureusement, ce petit pourcentage, ce sont souvent des têtes de série…

« Oui, c’est souvent ceux qui sont mis sous le feu des projecteurs, ceux dont on parle souvent mais il n’y a pas qu’eux. Quand je vois les personnes ce soir ici présentes, ce sont des gens qui vont sur le terrain, qui se battent tous les jours et qui ont un idéal. Et on parle des 4% mais on ne parle pas des 96% qui s’investissent quasiment sans rien. Souvent, ce qui embêtant c’est qu’un moment donné, on est jeune, on a des convictions, etc. on se bat en tant que militant et on se fait quasi insulter dans la rue alors qu’on est 96% à bien se comporter et 4 % à mal se comporter et 4%, c’est quasiment moins que la population carcérale de Belgique. »

C’est comme dans les magasins. Un client qui n’est pas content peut vous faire perdre dix clients.

« Tout à fait. C’est aussi ce que je dis toujours. Vous faites des travaux dans la rue, il y a cent habitants, il y en a deux qui ne sont pas contents, c’est les deux qu’on va entendre. (rires) »

Actuellement, on parle souvent des extrêmes, qu’ils soient de gauche ou de droite. Ne trouvez-vous pas que ce sont les partis traditionnels qui les créent, ces extrêmes ?

« Je pense qu’on a des responsabilités. Les gens ne votent pas pour les extrêmes par conviction, ils votent plus les extrêmes par dégout actuel, par dépit donc, oui, je pense qu’on a une responsabilité. »

Donc aux prochaines échéances électorales, faut-il craindre ou s’attendre à beaucoup de votes par dépit ?

« Il y a un changement qui doit venir rapidement. Chez nous, la Fédération vient d’être renouvelée, on passe le Comité le 16 juin donc il faut savoir prendre un tournant, un tournant fort. Pour en revenir à ma candidature, je pense aussi qu’il n’y en n’a pas 45% qui ont voté Thibaud Smolders parce que c’était Thibaud Smolders, il y en aussi dans les 45% beaucoup qui ont voté par dépit pour un ancien système. Et donc il faut récupérer toutes ces personnes qui votent les extrêmes par dépit et les récupérer en faisant un changement. Dans chaque parti je pense, en tout cas dans le parti socialiste, il y a des organes élus démocratiquement et moi ce que je souhaitais au travers de ma candidature, dans mon programme quand je me suis présenté, c’était de redonner le pouvoir à ces organes élus démocratiquement et pas faire en sorte que dans ces organes, ce soient des pantins, des têtes de liste justement. De remettre des personnes indépendantes financièrement, mentalement, etc. de toute autre personne. »

La solution ne viendrait-elle pas de limiter le renouvellement des mêmes mandats ?

« J’avais proposé moi justement dans ma candidature de penser qu’il y aurait différents organes que j’aurais créés, à savoir un Conseil des Sages, un Conseil des Militants, etc. Ces conseils auraient effectivement une réflexion sur le renouvellement des mandats. Marc Bolland avait aussi proposé qu’on ne puisse faire que deux mandats d’affilée dans la même fonction et puis qu’après il y ait renouvellement. Je pense que ce serait une réaction intelligente. Actuellement, ce n’est pas inscrit dans les statuts mais ça peut être discuté. Ce serait une bonne décision en matière de renouveler l’idée mais aussi de ne pas faire une politique juste pour rester au pouvoir. Mettre quelqu’un d’autre pour apporter de nouvelles idées. Et à ceux qui répondent qu’il y a des gens compétents, je leur rétorque qu’ils peuvent apporter leur compétence de manière différente. Par exemple en travaillant dans un cabinet ou en exerçant un autre mandat que celui qu’ils ont actuellement. »

Et, pour l’anecdote, en dehors de votre candidature à la présidence de la fédération liégeoise du PS, étiez-vous candidat à la présidence de la Basoche ** ?

« (rires) Je n’ai pas été président, j’ai été Grand Maître à la Basoche sans être candidat, c’était une intronisation. Mais, j’en suis fier et je ne le cache pas au contraire de Jean-Claude Marcourt par exemple qui a fait partie de la Basoche mais ne veut pas que ça se sache… »

** Pour info, La Basoche est un journal satirique distribué épisodiquement en fac de droit à l’Ulg. Un journal bien dans la tradition basochienne qui n’a « d’autre raison que de se moquer de tout le monde ». Un humour potache qui parfois crée polémique…

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