Matricule 226 *Numéro 5*

D.Loth – S. Juczak – J. Hulsen – J. Loth – J. Lallemand – L. Parzibut – F. Vinck – E. Gérard

Markiewicz – J.Smolarek – G. Cugnon – E. Poniwiera – J. Massart – J. Reyns.

1931  Comment a été créée la première équipe de cadets au FC Prayon

Récit par son capitaine, Jean Massart (†)

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1953 Jean Massart Sans titre.jpgNé en 1919 et aujourd’hui disparu, Jean Massart était un ancien pilier du club ainsi qu’un élément précieux qui a vécu la première montée en Promotion de l’équipe de Prayon en 1953-54.

Jean Massart n’a pas joué qu’à Prayon.

En 1938-39, il passe à Tilleur puis, de 1939 à 1943, il joue au Standard. En 1943-44, il évolue en Première provinciale et monte avec Melen en Promotion. Entre 1944 et 1947, c’est au FC Liégeois qu’il poursuivra sa carrière avant de jouer pour le Sporting de Charleroi de 1947 à 1952.

Il reviendra alors à Prayon en Première provinciale comme entraîneur non-joueur en 1952-53. Mais la saison suivante, tout en continuant à entraîner, il rechaussera les crampons et Prayon montera en Promotion. Il y restera alors quatre saisons qui vous seront présentées plus loin dans ce récit chronologique.

Nous repartons donc en 1930 et Jean Massart nous conte la création de la première équipe de cadets de l’histoire du FC Prayon. Jean Massart en était le capitaine.

Aujourd’hui, il est décédé. C’est son épouse Fernande qui nous a transmis les précieux manuscrits ci-dessous dont les textes sont fidèlement reproduits.

Ci-dessous, une photo de Jean Massart (Prayon) sur l’ancien terrain du club à La Brouck en 1930.

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Vous reconnaissez, milieu droit sur la photo, la « Maison du Chemin de fer » qui n’existe plus à présent mais qui était située au numéro 42 rue Campagne. Si je la connais, c’est parce que j’y ai habité dans les années 50.

Même endroit en 2012.

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Même endroit avril 2017.

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Quelle belle époque... par Jean Massart

Mes souvenirs d'enfance vous aideront peut-être à ressentir l'ambiance de cette époque d'entre les deux guerres.

Je suis né en 1919 : la guerre vient de se terminer. En 1930, la Métallurgique de Prayon était une usine prospère qui avait engagé une importante main d’œuvre étrangère de Pologne depuis quelques années pour ses fours à zinc. Elle avait construit, à cette intention, une imposante cité ouvrière à La Brouck pour y loger ses ouvriers et leur famille. Les enfants Polonais, nés à cette époque, allaient constituer, avec nous, l'ossature des premières équipes d'âge de notre club.

Une école primaire allait bientôt s’ouvrir à La Brouck mais, en 1930, tous les gosses Belges et Polonais, fréquentaient soit l’Ecole du Centre à Prayon où il ne nous était pas permis de jouer football pendant les récréations soit l’Ecole Catholique.

Dès la sortie de l’école, les gosses de Prayon se précipitaient pour jouer au football jusqu’à la nuit tombante sur la place du Village (aujourd’hui place du Marché) et les gosses de La Brouck sur une place de la cité appelée place Teixeira (aujourd’hui on y a planté des arbres).

Pas de voiture

Ces jeux pouvaient se dérouler en toute sécurité car il n’y avait pratiquement pas de voiture. A l’époque, il n’y avait pas beaucoup d’équipes d’âge dans les clubs et à Prayon, il n’y en avait aucune.

Mes amis et moi-même, âgés d’une dizaine d’années, décidâmes de tout mettre en œuvre pour que le club de Prayon accepte d’inscrire une équipe cadet dans le prochain championnat. L’offensive fut longue et tenace ; nous avions pris pour cible monsieur Joseph Crahay, à l’époque chef de gare et président du club. Chaque jour, nous glissions dans sa boîte aux lettres un projet d’équipe. Le grand-père de Jean Loth, un des nôtres, était le secrétaire du Prayon FC. Tous deux furent sollicités quotidiennement. Ils devaient créer une équipe de cadets.

Enfin le club se décida à nous donner satisfaction et nous distribua des cartes d’affiliation à faire signer par les parents. Ce n’était pas une mince affaire car quelques-uns d’entre nous seulement obtinrent cette autorisation. Alors commença une opération de harcèlement vis-à-vis de ces parents récalcitrants que nous visitions régulièrement par petits groupes.

L’autorisation pour l’un d’entre nous, Georges, était liée à l’obtention de bons résultats scolaires. Cette autorisation fut arrachée car son copain, régulièrement premier de classe à l’Ecole catholique s’arrangea pour que Georges fut premier.

Le club était devenu une filiale du FC Liègeois qui lui avait cédé plusieurs bons joueurs en fin de carrière : Louis Gauthier (keeper), Verbinnen (arrière), Bricteux (médian gauche), Rakels (médian), Desmed (intérieur), Louveau (intérieur), Franchy (avant, Antoine Libon (extérieur) et Armand Cornet (centre avant).

Ce dernier fut notre premier entraîneur. Il nous prodiguait ses conseils le jeudi après-midi, qui était alors la demi-journée de congé hebdomadaire car le samedi était jour d'école.

Le calendrier des matches 1931-32 nous parvient et oh stupeur ! Notre premier match était Standard B – Prayon. (Il n’y avait au Standard qu’une équipe mieux cotée, les cadets A).

Le grand jour arriva.

Il avait plu toute la nuit et aucun d’entre nous n’avait fermé l’œil : nous étions tous anxieux et en plus, nous nous relevions pour voir si cette maudite pluie n’allait pas conduire à une remise du match.

Nous avions dû nous lever très tôt car nous jouions le matin et le Standard, à l’époque, n’était pas la porte à côté. En effet, un tortillard tram 14 nous amenait à Liège en un peu plus d’une heure, puis le tram vert devait nous amener de la place du Théâtre au Standard en une quarantaine de minutes. Avec le changement de tram, on estimait le voyage à environ deux heures.

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Place du Théâtre, nous avions repéré un jeune gamin portant une valise. Il nous déclara être un de nos adversaires avec un superbe complexe de supériorité de citadin, joueur d’un grand club vis-à-vis de jeunes paysans. Il nous impressionnait par sa taille car nous étions tous des bouts de chique d’environ 11 ans et par sa désinvolture… A chaque arrêt, toujours la même question : encore combien de temps ?

Enfin nous arrivâmes. Nous jouions sur le terrain B, derrière la tribune assise.

Je vais essayer de vous donner la composition de notre équipe en priant certains contemporains de bien vouloir excuser les erreurs éventuelles.

Keeper : Parzybut Edouard (dit « Badjou », un grand keeper de l’époque.

Arrières :  Markiewicz et Stachou Juczack.

Médians : Poniwiera Edouard, Loth Jean, Bruno Smolarek.

Avants : Pirnay Emile, Wrona Joseph, Massart Jean, Vinck François et Dieupart Eugène.

Je jouais le toss et le gagnais. « J’aligne nos hommes face au soleil » était la première phrase du rapport que j’ai remis au comité. Un carnet à couverture jaune m’avait été octroyé pour cet usage.

Edouard Poniwiera vint me poser la question : où dois-je me mettre, Jean ?

Le match débuta. Inutile de dire combien nous étions crispés. Après un quart d’heure de jeu, mon intérieur droit me glissa la balle au point de penalty. J’envoyai un shoot croisé à ras de terre et, à ma stupéfaction, le ballon entra dans le goal ! (le goal côté Meuse). J’ai failli m’évanouir… Jamais dans ma longue carrière je n’ai ressenti une telle émotion. Dix minutes plus tard, à la suite d’un cafouillage, je réussis à inscrire un deuxième but que j’acceptais plus aisément que le premier. Et enfin, quelques minutes avant le repos, notre extérieur droit, Emile Pirnay, très costaud, envoyait un magnifique shoot du revers du pied qui nous valut notre troisième goal… Emile pleurait à chaudes larmes ! Le score en resta là.

Le long retour au village se fit dans la joie et, après avoir avalé un peu de nourriture, nous nous précipitâmes au terrain car l’équipe première jouait à domicile.

Ce fut très difficile pour nous de faire croire à notre victoire. Pensez donc, 3-0 au Standard ! Aucun supporter n’aurait osé l’imaginer.

Cette première victoire avait fait sensation et nos premiers résultats furent tels que le comité décida de faire jouer notre match contre Bressoux en lever de rideau d'un match de l'équipe première. Nous avions rendez-vous au local, qui était le café Droven (en face du casino) et une fanfare locale nous escorta jusqu'au terrain.

Les trois matches suivants furent autant de victoires ; puis vint notre visite aux cadets A de Tilleur qui étaient tous à la limite d’âge (15 ans). Nos jouions contre des hommes ; le centre-avant Lindekens notamment. Albert Laforge qui joua plus tard en Division I à Tilleur faisait partie de cette équipe. Ce fut pour nous la débâcle de Trafalgar : 11-0 !

Notre keeper « Badjou » accusait ses arrières à chaque but et allait jusqu’à leur donner des coups de pied.

Dans l’ensemble, nous fîmes un bon championnat pour terminer en troisième ou quatrième position.

Voilà, chers petits amis, l’histoire de la première équipe d’âge. Je peux vous dire combien nous avions été heureux et combien nous jouions dans la joie et la franche camaraderie (les sautes d’humeur de notre keeper étaient vite oubliées). J’espère qu’il en est encore de même pour vous.

Cette retranscription intégrale du récit de Jean Massart relatant la création de la première équipe d’âge à Prayon et le premier match au Standard comme si vous y étiez est bien évidemment aussi un hommage que nous rendons à un de ces pionniers de l’histoire du foot à Prayon...

Les brouillons originaux de Jean Massart

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Pour rappel, « Matricule 226 » est une série hebdomadaire publiée sur ce blog Sudinfo de Trooz tous les mardis. Elle raconte, dans l’ordre chronologique, l’histoire des clubs de football existant ou ayant existé dans la commune de Trooz depuis 1906. Si vous avez loupé un ou plusieurs épisodes, il vous est possible de les lire en ouvrant la catégorie ci-contre, à droite, intitulée « Matricule 226 ».

N’hésitez pas non plus à signaler toute faute de frappe et/ou d’orthographe ainsi qu’une erreur dans les textes. Merci de votre fidélité.                  

Charles Clessens

Commentaires

  • Superbe !

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