De Sarone au Bay-Bonnet (2)

Il y a 70 ans, 150 Saronesi ont quitté leur village natal pour rejoindre la Belgique ! 

Polese Alex (3).JPGVoici le récit de leur extraordinaire parcours narré, sur fond de nostalgie, de reconnaissance et d’admiration par Alex Polese qui, s’il a réussi dans la vie, sait d’où il vient et non seulement ce que ses parents ont connu mais aussi ce qu'ils lui ont apporté…

Le 22 juillet 2016 dernier, Alex Polese a réuni plusieurs amis et sympathisants dont les parents ou les grands-parents étaient originaires de Sarone. À cette occasion, il a tenu un discours en langue italienne qu’il a voulu prononcer en honneur et à la mémoire des 150 Saronesi, tous hommes, partis ensemble le lundi 22 juillet 1946.

VENDUS COMME ESCLAVES !

« (…) In onore e memoria degli 150 Saronesi, tutti uomini partiti insieme il 22-7-1946 venduti come schiavi con il trattato Belgo-Italiano del 23-6-1946 : un sacco di carbone per un lavoratore Italiano(…).

Ce ne fut pas un voyage d’agrément, loin de là et Alex ne mâche pas ses mots, assénant qu’ils ont été vendus comme des esclaves par le Traité Belgo-Italien : un sac de charbon pour un travailleur italien.

De fait, ce protocole signé à Rome le 23 juin 1946 scellait la politique des deux pays qui décidèrent d’un « échange » d’ouvriers italiens contre un prix préférentiel de la tonne de charbon belge extrait dans nos mines.

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Cet accord fut la conséquence d’un après-guerre quelque peu agité. En effet, au sortir du conflit, les Belges ne voulaient plus reprendre le travail dans les charbonnages, préférant petit à petit s’orienter vers celui, moins lourd, moins contraignant de bureau et comme le secteur mines avait un besoin urgent de main-d’œuvre pour relancer l’économie belge, puisque « les Belges ne voulaient plus descendre dans la mine », il a fallu se tourner vers d’autres solutions.

De son côté, l’Italie était exsangue et sa jeunesse se tournait volontiers vers l’étranger. C’est ainsi que ce pays fut le premier à répondre favorablement à l’offre belge. Il ne restait qu’à écrire et signer le protocole d’accord surnommé par certains… des bras contre du charbon.

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Les ouvriers italiens ne pouvaient venir qu’après avoir passé les tests médicaux en Italie, avant d’être acheminés par trains dans les principales gares de Wallonie. 

Le contrat était précis, 5 ans de mine avant de pouvoir faire « autre chose » et s’il y avait rupture du contrat, c’était pour l’ouvrier concerné un retour direct vers l’Italie. 

Par ailleurs, pour promouvoir le travail dans les mines, la Fédération charbonnière belge créa une affiche rose en énumérant bien les avantages sociaux des mineurs en Belgique et la hauteur des salaires.

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L’arrivée des Italiens en Belgique ne s’effectua pas dans les conditions les plus optimales et nombre d’entre eux seront « invités » à vivre dans des baraquements qui, pour la plupart, sont hérités des camps de prisonniers allemands de la seconde Guerre mondiale. La Belgique reconstruisait ses maisons mais n’avait pas encore de quoi accueillir tout le monde.  Ces logements de fortune deviendront pour certains leur maison quand pour d’autres, ils ne seront que passage.

Il faudra l’accident du Bois du Cazier, le 8 août 1956, pour que l’Italie « découvre » le sort de sa jeunesse et ne stoppe, mais qu’un temps seulement, les flux vers l’étranger.

Pour en revenir à nos 150 Saronesi, Alex Polese, très proche de son père, a pu au gré des nombreuses conversations qu’ils ont eues, retracer avec minutie cette véritable odyssée qui vous sera proposée dès demain dans un article évoquant le départ de ces 150 Saronesi, le lundi 22 juillet 1946 à 5 heures du matin...

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