L'analyse très pointue des Jeux Olympiques par Louis Maraite

Conseiller communal de Liège et notamment ancien journaliste de La Meuse mais aussi titulaire de bien d'autres activités, Louis Maraite est un homme qui vit à 300 à l'heure.

Il a son avis, souvent pertinent et toujours sans langue de bois, sur quantité de choses qui touchent à l'actualité.

Maniant parfois l'humour avec audace, Louis Maraite n'est jamais en retard d'une originalité 

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mais il sait aussi rester éminemment sérieux, voici donc son analyse en profondeur des performances des athlètes Belges aux Jeux Olympiques de Rio et comme il demande de la partager, c'est fait...

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Jeux Olympiques de Rio 2016 : Bravo les Belges !

D’abord répondre à ceux qui penseront, inévitablement, « qui c’est ce type donneur de leçons ? »

Avant d’étudier la communication, j’ai fait des humanités sportives et ai pratiqué des sports divers et variés : le handball, le volley, le foot, l’athlétisme et ses diverses disciplines (le sprint –le 4x100-, les lancers du javelot, du poids et du disque, longueur et hauteur, demi-fond et fond), la spéléo, le cyclisme, le patinage sur glace, le ski (alpin et de fond), le badminton, le ping, la natation, le kayak, le hockey, la pétanque… J’ai été journaliste sportif pendant 20 ans, multidisciplinaire (champion anecdotique du monde des journalistes en ping), suivant essentiellement le foot et le sport automobile mais aussi le sport universitaire (quand il y avait encore de la place pour cela dans les quotidiens). Je suis sportif pratiquant depuis 45 ans, multidisciplinaire, tant en sports individuels (tennis) qu’en sports collectifs (foot, hockey). J’ai été membre du Conseil supérieur des Sports de la Communauté française, j’ai été dirigeant de club pendant 15 ans. Je suis le père d’un sportif de haut niveau, hockeyeur sélectionné dans les équipes nationales jusqu’en U21 (et même deux fois en équipe A quand il y avait beaucoup d’absents…) et toujours actifs en division d’honneur au KHC Leuven. Et j’ai créé, avec des amis qui m’aident, un fonds social pour soutenir des jeunes talents sportifs que les parents n’ont pas les moyens d’encadrer. Je suis administrateur (bénévole) de l’asbl Liège-Sport et des associations communales sportives à Liège. Je suis président de l’asbl 120-125 qui célèbrera, en 2017, le 125e anniversaire du RFC Liège (foot et athlétisme).

LA BELGIQUE ET LE COIB PEUVENT ETRE FIERS.

Sorry d’avoir été long mais vous comprendrez que j’ai le sport dans le sang. Je vous avais promis mon analyse des Jeux de Rio sous l’angle belge, le voici après avoir redonné le bilan sportif. Deux médailles d’or (Van Avermaet et Thiam), deux médailles d’argent (Timmers et l’équipe de hockey), deux médailles de bronze (Van Tichelt et D’Hoore). Ajoutez-y 13 finalistes et vous avez un résultat dont le COIB et la Belgique peuvent être très fiers. Pourquoi ?

  1. Parce que les médailles sont dans des « gros » sports : l’heptathlon de Thiam et le cyclisme de Van Avermaet, le 100 m libre –la discipline reine- de Timmers en natation, la finale perdue de hockey sur gazon des Red Lions. Et le bronze de Dirk en judo. C’est du très lourd, de l’inimaginable pour Thiam et Timmers. Ils l’ont fait. Je ne dénigre pas les autres qui ont donné le maximum mais une médaille d’or en heptathlon a plus de valeur qu’une médaille en tir sur 50 m couché. Cela n’enlève rien à leurs mérites.
  2. Parce qu’elles sont venues de là où on ne les attendait pas. Tout le monde se disait bien que Thiam avait un immense talent mais beaucoup snobait un peu son entraîneur « vintage » Roger Lespagnard aux méthodes particulières. Tout le monde pensait bien qu’à vélo, les Belges étaient capables de tout. Tout le monde se disait qu’une place en finale, dans le top 8, était déjà une fameuse performance.
  3. Parce que pour un peu, une gastro au mauvais moment (Van Acker), trois centièmes perdus (4x 400), un tirage au sort peu favorable (Van Snick), un chouia d’expérience en plus (Pieters en golf), la Belgique revenait avec 10 médailles.
  4. Parce que c’est toute la Belgique qui est gagnante. Le sport belge est complexe, le COIB composant politiquement avec l’Adeps, Top Vlanderen et la Communauté germanophone et avec toutes les Fédérations/Ligues. Ceux qui, comme à Londres –où c’était les Francophones qui avaient été plus performants, répartissent les médailles entre Flamands et Francophones sont des mauvais coucheurs. On peut même parler d’équilibre si on estime que Greg Avermaet habite à Stoumont, que Luca Masso, médaille d’or de hockey avec l’Argentine est de Bruxelles, et que Kathrin Hendrich, médaillée d’or de football avec l’Allemagne, habite à Eupen, en Communauté germanophone et, donc, en Wallonie et en province de Liège (tant qu’à présent).

PARENT PAUVRE DU SPORT BELGE : LE MENTAL COACHING

Le point 2 appelle de ma part une autre réflexion : les sportifs ont beau avoir chacun leur technique de motivation, je crois fermement que l’humilité est la plus adéquate. Après trois rendez-vous internationaux manqués malgré des déclarations matamoresques (« Go for Gold, « la médaille sinon rien »,…), les hockeyeurs avaient réduit la voilure…jusqu’à la finale. Avant le match décisif, Shane Mc Leod, qui a par ailleurs fait un travail extraordinaire, s’est laissé aller à une sortie à mon sens déplacée tant elle a dû motiver les Argentins: « Nous avons la meilleure équipe » a-t-il dit. 60 minutes de match plus tard, le sentiment qui prédominait était la déception d’être passé à côté de l’or, plus que le bonheur d’un excellent parcours. (Tout le monde avait aussi, comme David Goffin face au Brésilien Bellucci, sous-estimé le fait de combattre dans un stade hostile : le CIO devrait rappeler les règles de fair-play au public aussi !). Van Acker et Van Snick, les Borlée sont un peu tombés dans le même panneau. Ce faisant, ces sportifs –ou pour les Borlée leur père- se mettent tant la pression qu’ils en deviennent des cocottes-minutes. A côté de cela, dégustant son « boulet à la liégeoise », Roger Lespagnard, vieux renard, évacuait toute pression, parlant de la blessure au coude de Nafi et jamais des ambitions. Je l’avais interrogé à Naimette, où Nafi avait fait un excellent concours en longueur –hors la prise de planche-, il m’avait dit : « Tout va dépendre de sa place au moment du javelot. Si elle est bien classée, la volonté de performer va passer au travers de la douleur ». C’est ce qui s’est passé.

Ce mental coaching a souvent été le parent pauvre des sportifs belges, qui pensent souvent pouvoir performer sans se faire mal. « C’est tôdi bon ainsi » disent les Wallons. Quand Timmers disait qu’il plongeait dans le 100 libre pour la médaille, tout le monde le prenait pour un doux rêveur, même ses (agacés) équipiers du relais… Mais n’est pas Timmers (28 ans) qui veut. Et dire qu’on y va pour la gagne ne suffit pas pour gagner. Il faut introduire cette notion du « mental coaching » dans nos académies sportives et nos centres d’excellence. Je ne suis personnellement pas favorable à confier cette mission à d’anciens sportifs : je privilégierais la création d’un cours spécifique de « psychologie du sport » au sein de nos universités.

Le rôle des médias est aussi un peu pervers. La volonté est claire : « booster » l’audimat. Cela marche. France Télévision a déjà communiqué sur ses gains d’audience pendant les jeux. On attend les chiffres de la RTBF. On sait cependant que le match de hockey Belgique-Argentine a attiré 1,4 million de fans, 400.000 francophones et un million de flamands. Un record pour le hockey. C’est dans ces sports inhabituels que l’on retrouve tout l’intérêt des consultants qui, sur la RTBF, ont pallié les lacunes des journalistes. En hockey, Thomas Vandenbalck a été exceptionnel. Mais c’est pervers parce que cela créé une attente démesurée des supporters et une pression accentuée sur les sportifs.

Enfin, je ne peux me résoudre à suivre aveuglément ceux qui réclament un centre unique pour élites sportives. Il s’agit d’un alibi pour ministre des sports incompétents et intéressés sous-localement, comme le fut André Antoine. En hockey sur gazon, le centre national est implanté à Boom, près d’Anvers. Infrastructure exceptionnelle. Mon fils, au plus fort de sa période d’entraînement U18 et U21, devait se rendre trois fois par semaine à Boom et y être à 8h30 du matin. En partant de Liège et avec la traversée de Bruxelles ou les bouchons d’Anvers, il fallait partir à 5h30 du matin pour y arriver …crevé, soit en utilisant papa taxi, soit en conduisant (et accidentant) sa propre voiture… J’avais évoqué ce problème des distances dans un sport en plein développement et convaincu le ministre des Sports Michel Daerden de rencontrer le président de la Fédération de hockey et de créer un centre similaire à Bruxelles, à la Foret de Soignes où existe déjà l’infrastructure qu’il fallait moderniser. En sortant du cabinet ministériel, l’accord était conclu. Il n’a jamais vu le jour à cause du bourgmestre d’Auderghem, le FDF Didier Gosuin, qui a suivi quelques voisins récalcitrants. Si l’anciennement dénommé Front des Francophones se plaint d’une sous-représentation francophone dans l’équipe nationale, on pourra le lui ressortir. Mais il ne le fera pas.

D’ABORD LES FORMATEURS, PUIS L’INFRASTRUCTURE

Nous n’avons pas besoin d’un Centre wallon. Nous avons, selon les sports, besoin de divers centres de taille réduite, répartis géographiquement. Le Blanc Gravier au Sart Tilman, à Liège, accueille le badminton, le rugby, la natation,… Blegny abrite le ping, tous sans prétendre au centre unique. Ce qu’il faut d’abord, c’est un encadrement formé, compétent, professionnel. Avant l’infrastructure ? J’ose le dire : oui ! Nafi Thiam s’entraîne dans son club, le RFCL Athlétisme, à Naimette-Xhovémont, une piste de grande qualité mise à niveau par la Province de Liège. Mais elle s’entraîne aussi dans une salle « vintage » de Cointe. Cela ne l’a pas empêché d’être championne olympique.

Quand j’ai proposé à Liège-Sports de fixer des critères précis pour l’octroi des subsides aux clubs actifs sur le territoire de Liège, j’avais, avec d’autres, proposé différents critères : la présence d’une école de jeunes, des cadres formateurs ayant suivi une formation reconnue, des équipes masculines et féminines, l’inscription du club dans une compétition officielle, la mixité sociale, la signature d’une charte éthique... Nous avions été plutôt largement suivis par le Collège, sauf quand j’ai suggéré de donner priorité aux sports olympiques et paralympiques. Mais, au vu de l’ouverture des Jeux à des nouveaux sports, on finira par y arriver…

Félicitations à nos athlètes olympiques et bons jeux à nos athlètes paralympiques ! J’admire les seconds autant que les premiers.

Si vous partagez mon analyse, partagez-là sans réserve. Cela aidera au changement.

Louis MARAITE

Août 2016.

 

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