Le 1 janvier 1991, le Chapelain Léopold Bentein nous quittait

2015 12 26 ninane (23).JPGEntretien avec monsieur Pierre Ninane qui nous parle de monsieur le Chapelain Léopold Bentein décédé le 1er janvier 1991, il y a aujourd'hui 25 ans.

Ce 1 janvier 2016, il y a déjà un quart de siècle que Monsieur l’abbé Léopold Bentein nous a quittés.  Moi qui suis un enfant de la Brouck, bien que non-croyant, j’ai pu apprécier et admirer cet homme hors du commun. Quoi de mieux, pour lui rendre hommage que de proposer à monsieur Pierre Ninane qui fut mon instituteur en cinquième année à l’école primaire de La Brouck de nous en parler, lui qui a eu le privilège de côtoyer l'abbé Bentein dans l’exercice de sa belle profession pendant de très longues années.

Merci à monsieur Ninane d’avoir accepté.

Vous remarquerez, tout au long du texte qui vous est proposé ci-dessous que monsieur Ninane désigne toujours l’abbé Bentein par le vocable « Monsieur le Chapelain ». Incontournable signe de respect s’il en est mais ça, c’est aussi une autre époque.

Cet entretien m’aura bien évidemment aussi replongé dans mon enfance à La Brouck, une époque que je ne voudrais échanger pour aucune autre.

Monsieur Ninane, vous souvenez-vous de vos premiers pas dans notre commune ?

« C’est le 1er septembre 1953, à l’occasion de la rentrée des classes. J’ai vingt ans, j’habite Xhoris, je suis désigné instituteur à La Brouck. La veille de la rentrée, j’effectue une reconnaissance des lieux. C’est donc en trolley que j’arrive à La Brouck. Je traverse le pont, mais où se trouve donc l’école ? Et c’est monsieur le Chapelain qui, se dirigeant vers la chapelle, m’indique le chemin. Ce fut ma première rencontre avec monsieur le Chapelain mais vous imaginez bien pas la dernière.»

Effectivement, monsieur Bentein se rendait souvent à l’école, comment les choses se passaient-elles ?

« A l’époque, le cours de religion se donnait chaque jour de 8h30 à 9h. Il était assuré par le titulaire de classe. Comme programme, la bible et le catéchisme, le plus souvent enseignés de manière livresque et directive. Monsieur le Chapelain visitait nos classes presque quotidiennement. On frappe à la porte ! C’est monsieur le Chapelain ! Ravis, nous nous levons tous avant de nous rasseoir. Monsieur le Chapelain écoute attentivement le maître, médite un instant puis, tout à coup, comme inspiré, propose de poursuivre. Fini le protocole scolaire. On ferme livres et cahiers. On écoute… Et voici le texte d’aujourd’hui superbement relaté, replacé minutieusement dans son contexte puis transposé immédiatement dans notre quotidien. La parole se libère, le dialogue s’instaure, les préjugés basculent, c’est l’amour de Dieu qui transcende… Une leçon de sagesse et d’humilité qui ramène toujours à l’essentiel : Dieu et les hommes…les hommes et Dieu. Et qu’il est bon d’entendre ce message et de le mettre en pratique. Cela fait vibrer nos cœurs. Aujourd’hui, pas de leçon à étudier ni de questions de catéchisme à mémoriser. Et pour terminer, tous debout, dans le plus profond recueillement, avec une intention toujours bien choisie, la récitation de la prière universelle du « Notre Père » et du « Je vous salue Marie ». Et tout cela suscite en nous la ferveur de la prière et l’ardeur au travail. Quel beau programme pour la journée ! »

Les Fêtes revêtaient alors une grande importance ?

« A Noël, les enfants recevaient une crèche à colorier. Le Mercredi des Cendres, le Vendredi-Saint et aux temps forts de la liturgie, les élèves assistaient aux offices religieux à la chapelle en remplacement du cours de religion en classe mais toujours sous la surveillance des enseignants. La chapelle était remplie, les quelques assistants se fondaient dans la masse. Cela se passait toujours très bien mais le grincement et le craquement des chaises à chaque changement de position (assis, debout, à genoux), dans un tumulte confus, perturbait la sérénité du moment. »

Des images vous reviennent à l’esprit, une anecdote ?

« Un Vendredi-Saint, après le Chemin de Croix qui se terminait à 15h30, la sortie de la chapelle fut bien chaotique. Avec tous les cartables qui encombraient et obstruaient l’entrée de la chapelle, cela entraîna inévitablement cohue, débandade, bousculade et même dans la rue, une interruption momentanée de la circulation locale, le temps de la dislocation de la ribambelle en liesse. Ce brouhaha laissait monsieur le Chapelain imperturbable mais compréhensif. On avait bien prié, c’était l’essentiel mais dans son grand discernement, avant de se réjouir vraiment, de fêter Pâques, il fallait encore attendre que le Christ ressuscite et que les cloches sonnent à nouveau mais, pour les élèves, c’était avant tout la fin de la classe, la fin de la journée, la fin de la semaine, la fin du trimestre et surtout le début des vacances… Cette sortie en pagaille ne se reproduisit plus. L’année suivante, les cartables restèrent en classe et la sortie de la chapelle se fit en rang, deux par deux et en silence. Tout rentra dans l’ordre et ce débordement fut vite oublié. Et ainsi s’écoulait paisiblement le temps passé à l’école, au rythme des sirènes de l’usine, des saisons et de toutes les activités et animations proposées par la  Maison des jeunes. »

Quelques changements importants ont aussi marqué cette époque.

« Oui, en 1959, c’est le Pacte Scolaire, en 1976 la fusion des communes, 1977 la fusion des écoles. Bientôt des maîtres spéciaux de religion et de morale non-confessionnelle remplacent les titulaires de classe. Des inspecteurs de religion et de morale contrôlent ces cours. Deux leçons de 50 minutes sont données par semaine. Les horaires hebdomadaires diffèrent d’une classe à l’autre, d’une école à l’autre. »

Et pour ce qui est du Chapelain ?

« Le rôle de Monsieur le Chapelain devenu « ministre du Culte » était de procéder à la désignation de ces maîtres de religion, de veiller au bon déroulement du cours dans toutes les classes de la nouvelle entité. Ces désignations devaient encore être ratifiées par le Collège échevinal et le Conseil communal mais cela se faisait toujours sans la moindre difficulté. Les dossiers des désignations devaient être tenus à jour et en ordre. Ainsi donc les entrevues entre monsieur le Chapelain et la Direction d’école étaient fréquentes. Il me laissait libre champ pour gérer l’administration des dossiers, se contenant de signer aveuglément, sans lire. La confiance régnait. Il emportait avec lui une copie du document qu’il fourrait en poche mais que pouvait-il vraiment en faire ! Heureusement tout cela était répertorié, classé et sécurisé aux archives de l’établissement. »

Lui arrivait-il encore d’intervenir en classe ?

« L’aide de monsieur le Chapelain était souvent sollicitée pour suppléer à l’absence momentanée ou de courte durée de la maîtresse de religion. Mais, sans être motorisé, comment faire pour accéder aux établissements ? Et comme toujours, c’était par la débrouille : à pied, en stop, en bus ou alors se faisant véhiculer par la maîtresse de morale. Un bel exemple de tolérance et d’entraide. Monsieur le Chapelain se démarquait par son bénévolat, sa grande disponibilité et son intense implication dans l’évangélisation des élèves. Une belle démarche pastorale. Le 21 février 1980, en pénurie de maître de religion, monsieur le Chapelain, alors âgé de 71 ans, assuma personnellement la fonction de « Maître spécial de religion » à titre intérimaire, en remplacement d’une maîtresse de religion en congé pour convenance personnelle. Un dossier administratif complet fut constitué et il fut rémunéré par l’état pour cet intérim. Une aubaine pour les démunis ! Une aide…un réconfort en plus.

Les enfants, la famille, la jeunesse étaient sa grande préoccupation ; lutter contre l’injustice, assister les plus faibles, les plus démunis…son combat de tous les jours. Compatir, ce n’est pas attendre la démarche, compatir, c’est démarcher ! »

Et vous abordiez tous les sujets avec lui ?

« Souvent monsieur le Chapelain nous rendait visite. Voulant bien accepter une tisane, nous parlions de tout, de rien, de l’actualité, de nos enfants mais aussi de politique. Carrément orienté à gauche, il usa de toute son influence pour que nous passions de « La Gazette de Liège » jugée selon lui trop conservatrice, au journal « La Cité ». Lors de ma mise à la retraite, il me proposa de suivre des cours de « Diaconnat » à l’évêché de Liège pour le seconder éventuellement et suppléer à son remplacement disait-il. Il me donna le temps de la réflexion mais j’avais d’autres projets pour l’après-retraite et n’étais guère préparé pour une telle orientation. Ma réponse négative le désola grandement, ne pouvant se résigner à une telle décision de ma part. Néanmoins, mon épouse et moi acceptâmes d’assumer les rôles de « papa et maman catéchiste » à notre domicile d’abord pour les élèves de Prayon, au presbytère de La Brouck ensuite après le décès de monsieur le Chapelain.»

Son décès vous a évidemment marqué ?

« Le 1er janvier 1991, lors de notre promenade habituelle avec ma femme, une ambulance à toute allure, sirène en action nous fit arrêter. Le lendemain, quelle ne fut pas notre stupéfaction, notre tristesse, notre désolation d’apprendre le décès de monsieur le Chapelain. Aujourd’hui, 25 ans se sont écoulés mais la mémoire de monsieur le Chapelain reste toujours aussi vivante, aussi vivace dans nos cœurs et nous le prions tous les jours. »

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Parmi les quelques publications retraçant le souvenir de cette personne exceptionnelle, il y a notamment

Le tic-tac de l'horloge 0.jpg

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Commentaires

  • J'ai été très heureux d'être son acolyte durant quelques années notamment avec Stéphan
    Hanich.

  • Come dans les commentaires de Mr Ninane, lorsque nous avons emménagé à La Brouck en 1963, ce fut Mr le Chapelain qui fut le premier à nous rendre visite avec de l’eau bouillante pour avoir du café chaud. Il faut dire que ce mois de février 63 était particulièrement rude. Ce fut u plaisir de le connaitre

  • Bravo pour votre reportage et félicitations à Mr. Ninane, un très bel exposé... on s'y retrouve...
    comme à l'époque !!
    C'était un saint homme !!

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