La Tragédie de Forêt (15) Le discours de Fabien Beltran

DSC_0348.JPGDans le cadre du 70ème anniversaire de la tragédie de Forêt, le bourgmestre de Trooz, Fabien Beltran, était chargé du discours protocolaire.

D’emblée, Fabien Beltran a rappelé que ces samedi et dimanche 13 et 14 septembre, à l’occasion des Journées du Patrimoine mais aussi à Forêt, les victimes de la Première Guerre Mondiale seraient honorées.

Après avoir énuméré la longue liste des personnalités présentes, Fabien Beltran s’est réjoui du nombre de personnes présentes.

« Pourtant, tant de gens aujourd’hui, que ce soit à Trooz ou ailleurs ne savent pas ce qu’est la Tragédie de Forêt et le contexte dans lequel elle s’est déroulée. Oui, il y a eu une guerre. Et puis ? », a-t-il prononcé avant de déplorer que « beaucoup de gens de nos jours et le plus souvent les plus jeunes ne connaissent plus les détails de cette guerre mondiale qui fut le conflit le plus meurtrier de l’histoire. »

Et, d’emboîter évidemment sur la nécessité de ne pas oublier mais aussi de comprendre afin que cela ne se reproduise plus.

« … les guerres fleurissent un peu partout sur la planète, ou les tensions entre diverses communautés s’exacerbent, nous devons être extrêmement vigilant au discours que nous prononçons, la guerre est à nos portes et certains semblent oublier les terribles années vécues dans ce proche passé. Le risque majeur qui nous menace, c’est le retour des égoïsmes nationaux, des séparatismes, des replis xénophobes. Il nous appartient donc, et je saisis l’occasion de cette commémoration de Forêt, d’envoyer un message de paix et de l’affirmer comme une volonté forte.

Certes, des reportages, des témoignages, des débats sur l’avancée de tous ces extrêmes, qu’ils soient politique, économiques ou religieux ne manquent pas. »

Fabien Beltran a aussi attiré l’attention de l’assistance sur le danger de banalisation des horreurs du passé tout en remarquant qu’on entendait souvent parler du génocide des Juifs, mais rarement du génocide des Tziganes et des malades mentaux ou encore de ce qui s’est passé la semaine du 2 au 6 septembre dans ce petit village de Forêt qui fut tout de même l’épisode le plus meurtrier de la résistance belge. « Il importe que nous prenions garde à ces dangers. L’enseignement  de cet épisode de l’histoire ne doit être ni réducteur, ni moralisateur, ni défaitiste. Enseigner à nos jeunes les crimes du nazisme n'est pas un acte pédagogique comme les autres ; c'est porteur de sens. On ne parle pas de la Shoah ou du décret Nuit et brouillard comme on parle de l'invention de la machine à vapeur ou des conquêtes de Jules César. Transmettre l'Histoire et surtout cette Histoire, c'est apporter des clés de lecture du monde à nos enfants. »

Et de s’adresser aux jeunes en recommandant de ne pas se laisser séduire par des discours faciles ou  des thèses simples. Les jeunes doivent prendre conscience que ce qui est arrivé peut encore se produire voire pire comme en témoigne ce qui se produit en Ukraine, en Syrie, en Irak, en Israël et en Palestine, en Centrafrique et bien d’autres pays encore.

« L'éducation que nous donnons ne doit pas seulement les mettre au courant de ce qui s'est passé, auquel cas ils pourraient perdre l'espoir, mais doit les amener à réfléchir aux moyens à mettre en œuvre pour éviter que cela se répète durant leur vie. »

Il est vrai que les survivants de cet épisode noir de l’Histoire disparaissent petit à petit et viendra un jour  où la future génération n’aura plus la chance d’entendre de vive voix les récits des anciens.

Et le bourgmestre de clôturer : « Après la disparition de tous ces témoins, il sera plus facile aux révisionnistes de critiquer les morts, ceux qui ne savent plus se défendre. Il sera plus facile d’oublier…Qu'adviendra-t-il alors ? Quel sens aura encore ce monument aux morts qui se trouve derrière moi ? Nous ne serons plus que « ceux qui ont entendu dire que ... ».

Aujourd'hui plus que jamais, il faut raconter, étudier les crimes du nazisme, avec rigueur, car c’est la seule arme face aux prestidigitateurs de l'Histoire, la seule arme face à l’oubli !  Nous portons une responsabilité énorme, celle de transmettre la mémoire, car les jeunes que nous formerons seront le fer de lance de la démocratie de demain. »

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