Edmond Floriani (28)

0002.JPGUn retour érotique ? Même pas

Dussé-je rouler 14 heures d'affilée sans arrêt je voulais m'en retourner chez moi dans ma chère Belle Gique.

Après être parvenu, je ne sais comment, à sortir de la ville infernale d'Aix-en-Provence, je fonçais en direction du nord.

Plus je mettais de la distance entre le sud et moi , plus je respirais un air frais qui me consolait de toutes mes déceptions provençales...j'étais même heureux de revoir la pluie...

La traversée de Lyon et les embouteillages inévitables du tunnel de Fourvière, un vrai foutoir, autre enfer citadin sur ma route...et puis une longue traversée de la Bourgogne. A Nancy, soulagé d'avoir fait le plus dur, je commençais à me sentir chez moi, malgré une averse diluvienne qui, un moment, m'aveuglait complètement et ne me laissait plus rien voir de la route.

Enfin, j'arrive au Luxembourg, heureux de sortir hors de France où je n'eus que des emmerdes...

Au moment de payer les derniers litres de carburant nécessaires pour la dernière étape me menant à Liège, je constate que je n'avais plus assez d'argent sur mon compte pour payer...la France m'avait lessivé financièrement jusqu'au dernier centime d'euro ...heureusement une solution fut trouvée avec la possibilité d'un payement différé une fois rentré et je repartis pour la dernière étape me menant à mon lit bien mérité.

La traversée nocturne du Luxembourg et des Ardennes belges fut lugubre. Des rubans de brouillard, jaunâtres, à cause de l'éclairage des lampes au sodium, enveloppaient parfois la route et créaient une ambiance sinistre de film de zombie et de fantômes...à tout moment, presqu'unique automobiliste dans la nuit de cette autoroute, angoissé de cette solitude nocturne, je craignais de percuter un mort-vivant à la sortie d'une nappe de brouillard...j'ai vu trop de films où ça arrivait...  

 

Mon imagination me jouait des tours...sans doute la fatigue...

Quel soulagement mêlé de joie lorsqu'enfin apparurent sur les plaques, des noms familiers comme Harzé...Sprimont...Liège ...et le décompte du peu de km qu'il me restait à franchir avant d'atteindre enfin mon lit douillet...

Vers 0h 45 après 10heures de course éperdue vers le salut, et le bonheur de se retrouver chez soi, dans ses meubles et ses petites habitudes, sa petite famille et ses amis, j'entrais la voiture dans le garage...je titubais, ivre de fatigue, mais heureux.

Et soulagé surtout de ne pas m'être pulvérisé moi et mes rêves d'artiste raté, à 160 km/h dans le décor bétonné des autoroutes.

J'étais si pressé de rentrer...au fait, je crois que je me suis fait flasher à Nancy ...j'attends la facture...

Avec la poisse qui m'a poursuivi du premier jour jusqu'à la dernière pompe à carburant, ça aurait été le bouquet final et grandiose...le point d'orgue funèbre de cette aventure qui (comme me le disait Marcel, un ami mendiant), ressemblait plus au Voyage de Monsieur Scoumoune qu'au beau voyage que fit Ulysse...

Et je suis sûr que si j'avais forniqué avec une femelle de rencontre, avec la malchance qui n'a pas cessé de me harceler, elle m'aurait, à coup sûr, refilé une chaude -pisse (comme le fit jadis une Parisienne de Montmartre, quand je fus jeune), ou une autre maladie vénérienne horrible dans le style de celle qui vous transforme le gland en truffe noire... 

Là , j'aurais été en harmonie avec les moisissures et les lichens  du Quercy moisi...

Mon cher Quercy, pourquoi t'ai-je quitté pour cette Provence de carte postale, cette Provence de merde qui, en plus, n'a pas voulu de moi...

 Demain, à 8 heures précises, la dernière page des carnets de route d'Edmond Floriani, artiste-peintre à la recherche de ses vieilles...pierres. Edmond que bien évidemment nous remercions.

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