Les aberrations de la ministre Huytebroek suscitent des réactions

huytebroek.jpgIPPJ FRAIPONT

Une nouvelle fois, une personnalité politique est en passe de prendre des décisions sans tenir compte des réalités du terrain. Nous publions ci-après, texto, l'avis de Jean-Marc Legrand, une personne de terrain, une personne concernée, quelqu'un de posé et qui sait de quoi il parle...

Je suis assistant social à l'IPPJ de Fraipont depuis 2000. J'ai travaillé avant cela comme délégué permanent au service d'aide à la jeunesse de Liège pendant 8 ans. 20 ans dans le domaine de la jeunesse et heureux d'y travailler même si le quotidien n'est pas facile, voire est de plus en plus difficile.

Je me doute du nombre important de mails et de contacts téléphoniques que vous avez reçus tellement les professionnels de l'aide et de la protection de la jeunesse de l'ippj de Fraipont et du secteur au sens large sont dépités par cette nouvelle inatendue.

 

Je ne serai pas long mais je tenais à amener les éléments suivants:

 

1. Il faut savoir que les services d'admission des IPPJ ne peuvent refuser (comme dans le secteur de l'aide à la jeunesse privée) les jeunes pour lesquels les Juges de la Jeunesse formulent une demande de place.

Cela veut donc dire que le Juge de la Jeunesse de Arlon peut, dès la 1ère heure de l'ouverture de l'ippj de Bruxelles, demander une place pour un jeune dont il s'occupe. Ce jeune Arlonnais sera placé à Bruxelles puisqu'il ne peut être refusé.

Si dans le même temps, un Juge de la Jeunesse de Tournai agit de même, le jeune Tournaisien sera accepté également à Bruxelles.

Il ne faut pas dire que cette ippj sera uniquement remplie par des Bruxellois, c'est faux.

Les mesures d'économie visées par la Ministre ne tiennent pas la route.

 

2. Contrairement à ce que dit la Ministre, il est avéré que la grande majorité des Juges de la Jeunesse (en est exclu le JJ Hallet qui pense le contraire ...) sont POUR L'ELOIGNEMENT DES JEUNES de leur lieux de délits, de leur bandes éventuelles, mais également de leur familles.

Placer des Bruxellois à Bruxelles implique que le nombre de fugues risque d'augmenter, qu'il y a risque que les bandes urbaines (africaines - tchétchènes - albanaises - ...) dont sont issus certains jeunes viennent menacer le personnel voire engendrer des dégradations aux bâtiments, provoquer des émeutes, ...

 

3. La scolarité proche de l'ippj (pour les Bruxellois placés) permettra, selon la Ministre, de réintégrer ces jeunes plus rapidement et plus facilement dans leur école. Il faut savoir que les jeunes placés en IPPJ, en plus d'avoir commis des faits qualifiés infraction, sont des jeunes qui ont été renvoyés de nombreuses écoles pour des problèmes de comportement tant vis-à-vis de leur pairs que vis-à-vis des enseignants.

Le dossier scolaire de ces jeunes est parfois plus gros que le nombre de délits commis. Leur RETROUVER une école est souvent mission impossible pour les équipes psycho-sociales.

C'est souvent grâce au secteur enseignement (celui de l'IPPJ de Fraipont est de loin de toutes les IPPJ le plus actif et le plus développé) qui rend un peu le goût à nos jeunes de travailler, de reprendre confiance en eux.

C'est grâce au travail de ce personnel enseignant que certains jeunes trouvent leur voie professionnelle. La motivation qu'ils mettent dans leur atelier est un levier - pour l'équipe psycho-sociale - pour négocier (c'est le terme) l'admission de ce jeune dans une xième école.

Ce problème n'est pas que bruxellois, il est global. Mais la Ministre ne connaît manifestemment pas la réalité de terrain.

Ce n'est pas en mettant des Bruxellois dans une ippj bruxelloise que l'on résoudra ces problèmes.

 

Un exemple parmi d'autres:

Abdel (nom d'emprunt) de Molenbeek. 16,5 ans. Il n'a pas son ceb. En secondaire, il n'a pas réussi une seule année. Renvoyé de nombreux établissements bruxellois pour (très) mauvais comportement il est malgré tout (système scolaire belge étant ce qu'il est) arrivé en 3 ème professionnelle, année commencée en septembre 2012, de laquelle il est renvoyé peu de temps avant son arrivée à l'ippj. Son dossier scolaire est très noir.

Nous sommes en février 2013. Les vacances de Paques sont proches et la fin de l'année est à un jet de pierre. Il est impossible malgré les efforts consentis de trouver une école pour ce jeune en tout cas sur Bruxelles. (Madame la Ministre en trouvera peut être une pour nous). Mais le jeune ne veut pas quitter Bruxelles, il y a ses amis. Et il ne sait pas ce qu'il veut faire plus tard.

Or sa sortie de l'ippj est conditionnée au minimum par la mise sur pied d'un projet scolaire.

 

 

4. La réintégration dans le milieu familial. Certes le décret de l'aide à la jeunesse le préconise dans un de ses  principes fondamentaux. Mais force est de constater que les familles, souvent, se déchargent de leur responsabilité dans l'éducation de leur enfant. Elle en ont marre des nombreuses interventions des services sociaux, des irruptions de la police  à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit, des convocations à la police ou au tribunal de la jeunesse ... certaines ne souhaitent pas le retour de leur fils dans leur foyer. Il faut trouver d'autres solutions durables et c'est galère.

Ici aussi c'est un constat global. Ici non plus la Ministre n'a pas l'air de bien connaître sont sujet.

Ce n'est pas en mettant des Bruxellois dans une ippj Bruxelloise que l'on changera la dure réalité de terrain et que tout ira mieux par enchantement.

 

Un exemple parmi tant d'autres

Serge (nom d'emprunt), de Charleroi. Orphelin. Délaissé par ses grands parents fatigués d'avoir déjà tellement donné depuis des années dans la problématique de la maman de Serge elle même ayant eu des problèmes avec la justice.

Après une stabilisation du jeune en section d'éducation à l'ippj de Fraipont, une tante (frère du papa décédé) est d'accord de tenter l''accueil de son filleul avec l'aide d'un service d'accompagnement post IPPJ (API).

Cette tante met ses conditions: respect des heures de rentrée, fréquentation scolaire régulière, non fréquentation de mauvais amis, pratique d'un sport. Le jeune est d'accord.

Ce jeune rentre depuis quelques week-ends chez sa tante, à l'essai avant de concrétiser à temps plein le projet ci-dessus. Malheureusement, le week-end dernier, il commet un délit sur un quai de la gare de Charleroi et un deuxième délit dans l'épicerie d'un de ses oncles. La réaction de la tante et de la famille élargie ... "Nous ne voulons plus nous occupper de Serge. Il n'est pas digne de confiance, nous ne voulons pas d'ennuis"

Eh bien Serge, il va rester encore quelques temps à l'ippj avant que l'on ne trouve une solution pour lui. Combien de temps? Quelle solution?

Cela est notre quotidien.

 

5. Les mesures d'économie par rapport aux transferts des jeunes que la création d'une ippj à Bruxelles permettrait ne sont pas fondées par l'explication au point 1. Il n'y aura pas que des bruxellois dans cette ippj (milieu ouvert) bruxelloises

Mais qui sont les jeunes transférés par des services de police ou par des taxis et des policiers en civil: ce sont les jeunes qui sont placés dans les sections fermées des différentes IPPJ (Braine le Château - Fraipont - St Hubert et St Servais pour les jeunes filles).

La majorité des missions effectuées pour et avec les jeunes placés en milieu ouvert (Wauthier Braine, Jumet, Fraipont, St Servais) sont effectuées par les travailleurs sociaux soit au moyen des services publiques, soit avec les voitures institutionnelless, soit avec leur propre voiture.

 

La Ministre a formulé une proposition qui n'a pas lieu d'être. La situation, la localisation de toutes les ippj et des centres fermés convient à tout le monde (ou presque) depuis des décennies.

Par contre le choix de Bruxelles ne semble pas faire l'unanimité dixit la Ministre elle-même; les Bourgmestres des communes contactés ne sont pas très chauds.

 

Nous devons continuer comme cela. Le travail effectué est de qualité malgré sa pénibilité.  L'outil et le personnel sont performants ... mais améliorables.

 

Bien à vous.

Jean-Marc Legranddossier.jpg

Commentaires

  • super J.M.! Excellent résumé fait par un homme de terrain (P.S.: tu as oublié d 'ajouter à ton palmarès que tu as aussi été éducateur en section d'accueil court pendant X temps!). A propos... t'es nommé maintenant????????

    200/100 avec cet article. Je suis dans un Jury d 'examen... tu as réussi haut la main. D'autres y sont.... tu es baisé mon ami et tu peux revenir!



    Léon FLANDRE ex..éducateur...exc Chef de section... ex Chef de groupe...ex membre (actif un très long moment) de la Direction ...

  • Ras le bol de cette ministre psycho-rigide ! il manque de places mais on en supprime encore et vive les pertes d'emploi en plus ! grrrr Yvette Caro de Fraipont

  • Ben voyons. Il est tout à fait normal que cette perruche flatte son électorat bruxellois...

  • Excellente argumentation venant droit du terrain. Je vous soutiens à du 200 pourcents, sachez-le! Laurence (AS IPPJ Jumet)

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